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Espionne britannique, agent secret soviétique ou... affabulatrice ?

Sylvie Kerviel, le Monde

mardi 26 août 2008, sélectionné par Spyworld

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Et si la clé, pour saisir la véritable personnalité de Moura Budberg, se trouvait dans cette phrase : "Les gens adorent attribuer aux femmes mystérieuses des aventures exceptionnelles et des cohortes d’amants distingués" ?

C’est une écrivaine, Miranda Carter, qui explique ainsi le trouble qui continue, plus de trente ans après sa disparition, à entourer la vie de Maria Budberg, dite Moura, à qui son arrière-petit-neveu, Dimitri Collingridge, de nationalité britannique, consacre un documentaire en forme d’enquête, Ma tante Moura, agent secret.

De Londres à Kiev en passant par Saint-Pétersbourg et Moscou, il est parti sur les traces de cette arrière-grand-tante à la réputation sulfureuse. Une aristocrate russe qui assura avoir participé activement à la révolution d’Octobre et fut soupçonnée d’avoir été un agent double travaillant pour Albion. À moins que ce ne soit pour le compte de la jeune Union soviétique.

Sur les photos d’archives qui rythment le film, on découvre une femme élégante au beau visage et au regard mélancolique. Même à la fin de sa vie, elle conservait une allure altière, comme on peut le constater dans un entretien donné, en 1974, à la chaîne canadienne CBC.

Née en 1892, mariée deux fois, elle séduisit de nombreux hommes, notamment l’espion britannique Bruce Lockhart et deux écrivains importants de son temps, Herbert George Wells et Maxime Gorki. Elle fut d’ailleurs soupçonnée d’avoir empoisonné ce dernier.

"ROMAN D’ESPIONNAGE"

"Sa vie ressemble à un roman d’espionnage de la guerre froide", commente Dimitri Collingridge, qui, bien que ne l’ayant jamais connue, ne cache pas son admiration pour celle que l’on appela parfois la "Mata Hari russe". Nina Berberova lui consacra d’ailleurs un livre, Moura : The Dangerous Life of the Baroness Budberg (Nyrb Classics).

Afin de tenter de lever le mystère, le reporter-enquêteur interroge, au fil de son périple, historiens, écrivains, amis, voire anciens espions. Le dossier de Moura ayant été déclassifié, il a accès à des documents longtemps restés inaccessibles. Or plus il fouille et moins il parvient à cerner cette femme fantasque, volontiers affabulatrice, un trait de caractère que son goût pour la vodka ne contribua guère à atténuer. "On s’interroge sur son rôle exact", confirme l’un de ces historiens à l’arrière-petit-neveu qui, lecteur fervent de John Le Carré, veut cependant continuer à croire au destin romanesque de sa défunte parente.

Et c’est finalement cet acharnement qui rend ce film attachant, bien plus que le portrait de Moura Budberg, esquissé de manière trop brouillonne.

"Ma tante Moura, agent secret", mercredi 27 août à 22 h 10 sur Arte

Rediffusions :
- 02.09.2008 à 10:45
- 10.09.2008 à 05:00


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