mardi 12 décembre 2017

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Washington a secrètement envoyé 200 prisonniers étrangers d’Irak vers leur pays d’origine

Nicolas Bourcier, le Monde

samedi 30 août 2008, sélectionné par Spyworld

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L’armée américaine a secrètement transféré plus de 200 prisonniers étrangers, capturés en Irak dans les rangs de la guérilla, vers l’Arabie saoudite, l’Egypte et d’autres pays, pour leur confier la détention et les interrogatoires des prisonniers, affirme le New York Times dans son édition du jeudi 28 août.

Au total, quelque 214 détenus en Irak et au moins deux en Afghanistan ont été envoyés vers leur pays d’origine en quatre ans, selon le quotidien, qui cite des responsables militaires américains s’exprimant sous couvert d’anonymat. Les prisonniers n’auraient été rapatriés vers leur pays d’origine qu’après leur passage dans un centre de détention géré par les Américains, ce qui signifie que leur nom a été répertorié par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ils auraient été livrés aux services de renseignement des différents pays. La connaissance de la langue maternelle des prisonniers et de leur culture rendrait, selon les officiels, les Saoudiens ou les Egyptiens plus aptes à mener les interrogatoires et à agir sur les réseaux islamistes actifs dans leur propre pays.

Henry Crumpton, responsable en 2006 de la lutte contre le terrorisme au département d’Etat, affirme dans le New York Times que la décision de rapatrier les détenus a été prise après avoir "réalisé que Guantanamo (la prison américaine située sur l’île de Cuba) était une erreur stratégique". "Lors de nos discussions, nous étions tous d’accord pour dire que Guantanamo ne fonctionnait pas pour de nombreuses raisons, affirme-t-il. Le plus simple lorsque vous avez capturé des combattants étrangers, c’est de les renvoyer chez eux. Si vous ne les envoyez pas à "Gitmo" et que la CIA n’en veut pas, où pouvez-vous alors les mettre ?"

"PARTAGER LE FARDEAU"

Un porte-parole du Pentagone a confirmé à l’AFP l’existence de transfèrements de prisonniers, tout en refusant de confirmer les détails des opérations. Ces informations sont "en ligne avec les efforts engagés par le gouvernement américain pour encourager d’autres pays à partager le fardeau d’empêcher ces dangereux individus d’agir", a commenté Bryan Whitman, en précisant que le Pentagone collaborait à cet égard avec "un certain nombre de pays partenaires dans la guerre contre le terrorisme". "Les Etats-Unis disent depuis longtemps ne pas vouloir être le gardien de prison du monde entier", a-t-il souligné, en rappelant que le Pentagone annonçait régulièrement des transfèrements de détenus vers leur pays d’origine.

La prison de Guantanamo et les prisons secrètes de la CIA à l’étranger font l’objet de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits de l’homme. Contrairement aux détenus capturés en Afghanistan par les forces américaines au cours des cinq années qui ont suivi les attentats du 11-Septembre, majoritairement envoyés à Guantanamo, les suspects faits prisonniers en Irak n’ont jamais été transférés dans des prisons hors du pays. Les Etats-Unis n’avaient jamais jusqu’ici fait état de leur rapatriement.

L’armée américaine détiendrait encore quelque 170 prisonniers étrangers sur le sol irakien, dont plus d’une trentaine d’Egyptiens et une vingtaine de Syriens et de Jordaniens. Ils étaient 465 au total en décembre 2005.


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