lundi 23 octobre 2017

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Comment le Mossad a raté la capture de Josef Mengele

Marc Henry, le Figaro

jeudi 4 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Pour être sûrs de ne pas rater l’enlèvement d’Adolf Eichmann, les services secrets israéliens ont préféré différer la prise de l’« Ange de la mort ».

Entre Josef Mengele « l’Ange de la mort » d’Auschwitz et Adolf Eichmann, un des cerveaux de la « solution finale », le Mossad a dû choisir. En 1960, les agents du service secret israélien, après une longue traque, font coup double. Ils repèrent les deux criminels de guerre nazis en Argentine. Un plan d’enlèvement est mis au point, mais au dernier moment, le Mossad annule l’opération contre Josef Mengele, a révélé Rafi Eitan, un papy du renseignement israélien (82 ans) et actuel ministre des Retraités.

Et pourtant la prise était tentante. Josef Mengele était celui qui, pendant près de deux ans, « sélectionnait » les déportés à leur arrivée à Auschwitz. Du doigt il désignait ceux qui étaient dirigés directement vers les chambres à gaz ou ceux qui partaient vers des travaux forcés qui ne constituaient qu’un sursis. Médecin, Josef Mengele s’était également fait une réputation macabre en se livrant à des expérimentations médicales sur des enfants, des jumeaux et des nains.

Mais sans Adolf Eichman et d’autres hauts responsables nazis de cet acabit, Josef Mengele n’aurait pas sévi à telle échelle. Adolf Eichman a en effet été le principal organisateur de la déportation des Juifs surtout à la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons repéré Eichman à Buenos Aires, puis cela a été le tour de Mengele que nous avons réussi à identifier sans l’ombre d’un doute en le photographiant près de son domicile », raconte Rafi Eitan.

Selon lui, la question s’est alors posée de savoir s’il fallait tenter d’enlever ensemble les deux nazis. Isser Harel, patron du Mossad était pour. Mais certains de ses subordonnés dont Rafi Eitan ont estimé qu’à courir deux lièvres à la fois, Mengele et Eichmann risquaient une fois de plus de disparaître. « J’ai proposé un report de l’enlèvement de Mengele jusqu’à ce que nous ayions la certitude qu’Eichmann avait bien été exfiltré clandestinement d’Argentine en Israël », précise Rafi Eitan.

Mais le retentissement énorme provoqué par l’annonce de la capture d’Eichmann a incité Joseph Mengele à quitter au plus vite Buenos Aires. « L’idéal aurait été de garder secrète la capture d’Eichmann, mais c’était impossible, trop de gens étaient au courant » , déplore l’ex-agent. Résultat : lorsque Rafi Eitan revient quelques semaines à Buenos Aires, le bourreau d’Auschwitz a quitté la capitale argentine pour se réfugier au Paraguay puis au Brésil. « Par la suite, nous avons réussi à retrouver épisodiquement sa trace, sans pouvoir mettre la main sur lui », ajoute-t-il.

« D’autres priorités »

Plus troublant : Rafi Eitan admet également sans donner d’autres précisions que le Mossad après le succès de l’opération Eichmann avait « d’autres priorités ». En d’autres termes, les services secrets israéliens auraient pu faire plus pour retrouver Mengele si l’ordre leur en avait été donné par le pouvoir politique.

Finalement, après 34 ans d’errance, Mengele que les menaces d’enlèvement du Mossad ou d’organisations juives avaient rendu paranoïaque, meurt noyé au Brésil en 1979. Six ans plus tard, sa tombe est retrouvée et les examens de ses restes notamment de sa mâchoire permettent de l’identifier avec certitude. Eichman pour sa part a été jugé à Jérusalem, reconnu coupable puis pendu en 1962 avant que ses cendres soient dispersées en Méditerranée en dehors des eaux territoriales israéliennes.

Josef Mengele, « l’Ange de la mort » d’Auschwitz. Crédits photo : AP


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