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Les Etats-Unis auraient espionné leurs actuels alliés irakiens, selon le journaliste Bob Woodward

Sylvain Cypel, le Monde

lundi 8 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Washington aurait espionné ses alliés irakiens, à commencer par le premier ministre, Nouri Al-Maliki : ces révélations sont contenues dans un livre, The War Within ("La Guerre de l’intérieur"), qui paraît lundi 8 septembre. Son auteur, Bob Woodward, révéla avec Carl Bernstein le scandale du Watergate, qui aboutit à la démission du président Richard Nixon, en 1974.

Evoquant M. Al-Maliki, un haut responsable américain lui affirme : "Nous savons tout ce qu’il dit." Citant de nombreuses sources, l’auteur conclut que l’espionnage des autorités locales a été et reste amplement utilisé par les forces américaines. "Nous nous y attendions. Les Américains nous occupent. Ils infiltrent tout, entrent comme ils veulent dans n’importe quel bureau gouvernemental", a réagi Leewa Smayshim, chef du parti chiite Sadr, interrogé par le Washington Post.

Selon le quotidien, nombre d’officiels irakiens se prémunissent contre les écoutes téléphoniques. Chiites, la plupart entretiennent des relations suivies avec Téhéran. Porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino a cependant mis en doute l’utilité d’un tel espionnage. "Nous avons une bonne idée de ce qu’il (M. Al-Maliki) pense parce qu’il nous le dit très franchement", a-t-elle assuré.

Ces révélations risquent-elles de mettre en péril l’accord entre les deux Etats actuellement en phase de finalisation ? Celui-ci doit fixer une date butoir pour un retrait des forces américaines d’Irak (fin 2011 au plus tard). Mais il avalise aussi un maintien militaire réduit pour une durée indéterminée et une présence plus importante, "en fonction de la situation".

Bagdad "demandera une explication", a dit Ali Al-Dabbagh, un porte-parole irakien, ajoutant que si les faits étaient avérés, ils "jetteraient une ombre" sur les relations irako-américaines.

Sur le fond, l’ouvrage tend à démontrer que l’administration Bush n’a pris que tardivement conscience de la gravité de son échec initial en Irak. Une thèse que le conseiller à la sécurité de la Maison Blanche, Stephen Hadley, a vivement contestée. Et le livre offre une large place aux débats menés, en 2006, sur la nécessité de renforcer de façon conséquente les troupes en Irak (surge). Le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, s’y opposait. L’état-major interarmées, le chef des forces américaines en Irak, le général John Abizaid, et le chef des forces alliées, le général George Casey, également. Pour ce dernier, Bagdad était un ingérable "merdier".

Condoleezza Rice, elle, y était favorable. George Bush hésitait à renforcer les troupes avant les élections de mi-mandat de novembre 2006, la guerre étant devenue impopulaire. Mais une fois sa conviction acquise, début 2007, le président a poursuivi la nouvelle stratégie avec détermination, assure l’auteur. Cependant, estime-t-il, ce n’est pas le surge qui a permis de réduire le niveau des violences, mais la capacité des services de renseignement à cibler et à éliminer les chefs insurgés, et la nouvelle politique en direction des tribus sunnites.

Pour rédiger son livre, M. Woodward a eu accès à la plupart des principaux décideurs civils et militaires américains, dont M. Bush lui-même.


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