mercredi 18 octobre 2017

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La grogne contre le fichier Edvige gagne majorité et patronat

Reuters

lundi 8 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’inquiétude et les protestations contre le fichier de police Edvige, qui concernera les responsables politiques, syndicaux, économiques et religieux, ont gagné les rangs de la majorité avec le ministre de la Défense Hervé Morin et le patronat avec Laurence Parisot.

Pour la première fois, le Premier ministre François Fillon a pris la défense lundi de ce fichier et regretté les réserves émises par son ministre de la Défense Hervé Morin.

Les nouvelles prises de position contre Edvige attisent le mobilisation d’un collectif de syndicats, de partis et d’associations qui doivent donner une conférence de presse mardi à Paris et disent avoir réuni plus de 120.000 signatures.

"C’est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je suis assez troublée par ce que nous sommes en train de découvrir. Je note que nous n’avons pas été consultés alors que nous sommes concernés en tant que militants de l’entreprise", a dit Laurence Parisot, présidente du Medef, sur RTL.

"Je souhaiterais que la ministre de l’Intérieur donne des explications. Je ne crois pas du tout que Michèle Alliot-Marie puisse être liberticide. Je crois qu’il faut que nous en sachions plus sur ce dossier qui est effectivement très, très important", a-t-elle ajouté.

La déclaration samedi du ministre de la Défense Hervé Morin dénonçant le fichier dans lequel il voit un "mélange des genres" a suscité un rappel à l’ordre de François Fillon.

"Je pense qu’il n’est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n’existent pas et j’ai eu l’occasion de lui dire", a déclaré lundi le Premier ministre.

"Ça ne remet pas en cause l’unité du gouvernement (...) mais enfin là, en l’occurrence il ne faut pas se laisser aller à des jugements qui sont inspirés par une vision très légère des choses. Il y a des réalités dans notre pays, qui sont des réalités fortes en matière de sécurité", a-t-il ajouté.

RECOURS AU CONSEIL D’ÉTAT

Des responsables de la gauche et du Modem, les grandes centrales syndicales, de nombreuses associations demandent l’abandon de ce fichier de police et de nombreux recours ont été déposés devant le Conseil d’Etat, qui les examinera en décembre.

Edvige a été créé par un décret publié au Journal officiel le 1er juillet. Il permet de ficher les personnes "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif" et celles qui "en raison de leur activité individuelle ou collective sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public".

Il sera possible d’y faire figurer des informations sur les situations patrimoniales, fiscales, les relations, et, sous certains conditions, sur la santé et l’orientation sexuelle des personnes fichées. Les mineurs pourront être fichés dès 13 ans.

François Fillon a répété qu’il ne s’agissait à ses yeux que de la réactualisation d’un ancien fichier de police officialisé en 1991 par la gauche et utilisé par les Renseignements généraux, aujourd’hui fondus avec l’ancienne DST (Direction de la surveillance du territoire) dans la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

"Tous ceux qui aujourd’hui s’étonnent sont en réalité des hypocrites puisqu’ils ont gouverné à des époques où ces fichiers existaient et étaient moins contrôlés qu’aujourd’hui", a déclaré le Premier ministre.

Cependant, les détracteurs du fichier soulignent que le fichier ancien est étendu et que les RG étaient justement critiqués en raison du fait qu’ils semblaient passer du temps à surveiller des organisations et des manifestations légales à l’usage du gouvernement, plutôt qu’à surveiller les activistes.

"Je ne vois pas à quoi sert ce fichier, si ce n’est à contrôler de manière inadmissible les citoyens de ce pays. On demande que ce fichier n’existe pas. Ce n’est pas parce que ça existait et que c’était honteux qu’il faut l’officialiser. Ce fichier ne doit pas exister dans un pays démocratique", a dit sur Europe 1 le secrétaire général de la CFDT François Chérèque.

Thierry Lévêque, édité par Pascal Liétout


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