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Devant Bajolet, le général Georgelin critique la réforme du renseignement

Jean Guisnel, Le Point.fr

lundi 8 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Manifestement, il y a un problème. Et la nouvelle priorité stratégique accordée au renseignement semble avoir un peu de mal à passer à l’état-major. De fait, le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, n’a aucunement l’intention de se laisser indiquer de quelle manière il doit gérer les outils du renseignement militaire français - essentiellement la DRM, Direction du renseignement militaire - qui dépendent directement de lui. C’est en tout cas ce que le premier des militaires français a déclaré lors d’une table ronde tenue, lundi après-midi, à Saint-Malo, durant la 6e université de la Défense, son discours étant directement destiné au nouveau coordonnateur national du renseignement, l’ambassadeur Bernard Bajolet, qui était assis à deux mètres de lui. "Je n’ai pas attendu le Livre blanc pour faire du renseignement", a notamment déclaré Gean-Louis Georgelin devant 350 militaires, parlementaires et industriels européens, avant d’ajouter : "Ne donnons pas l’impression de partir de zéro."

Installé officiellement dans ses fonctions, le 5 septembre dernier, par le secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant, Bernard Bajolet ne dispose que d’un petit état-major de quatre hauts fonctionnaires civils et militaires. Mais son rôle est clairement défini, et sa coordination concerne tous les services de renseignement des ministères de l’Intérieur (DCRI) et de la Défense [Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), direction de la protection de la sécurité et de la défense (DPSD), Direction du renseignement militaire (DRM)].

Il a d’ailleurs décrit sa fonction sur un mode plutôt extensif, en précisant qu’il devait centraliser les informations pour le président de la République et le Premier ministre, transmettre les instructions du Président aux différents services, hiérarchiser et orienter les opérations de renseignement, organiser la concertation entre les différents services. Ce qu’il traduit en trois verbes : faire faire, impulser, arbitrer. Et "une priorité absolue : la lutte contre le terrorisme". Sans oublier la stratégie à long terme : les investissements, la planification des besoins en personnels, l’adaptation des règles juridiques de fonctionnement.

"Sortir de la logique" (Fontaine)

Et Bernard Bajolet d’insister sur le fait que les parlementaires seront associés au travail des services via la nouvelle commission de contrôle parlementaire. De ce côté-là, il ne doit pas se faire trop de souci. Le président de cette commission, le député Guy Teissier (UMP, Bouches du Rhône), qui est également l’organisateur de l’université de la Défense, a en effet estimé que le travail de sa commission consiste "à ouvrir des fenêtres à défaut d’ouvrir des portes" et qu’il s’agit "moins d’un contrôle que d’une vulgarisation au sens large auprès de nos compatriotes". Ça roule...

Le général Georgelin a bien compris l’enjeu de la priorité accordée au renseignement dans le Livre blanc. Ce sera plus d’argent pour les satellites d’observation militaire, par exemple. Mais si c’est au détriment des forces militaires, non merci, dit-il en substance, rappelant que lors des travaux préparatoires au Livre blanc, il avait "fait valoir avec beaucoup d’insistance que savoir sans pouvoir (était) une illusion". Et pour que Bernard Bajolet, qui l’écoutait pourtant très attentivement, comprenne bien, le général insiste sur la différence "entre le renseignement de l’État pour l’autorité politique" que fournissent à ses yeux la DGSE et la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) ; et d’autre part, "le renseignement" qui (lui l)’intéresse" que donnent la DRM et les militaires déployés sur les théâtres d’opérations. Et il en remet une louche en demandant que l’on distingue "ce qui appartient à l’un et à l’autre". Sous-entendu : à Bajolet de coordonner la DGSE et la DCRI, et au chef d’état-major des armées de décider des priorités et d’axer le travail des moyens militaires prioritairement attribués à la DRM, à savoir les satellites d’observation et les drones, les systèmes d’écoute, et le réseau des attachés de Défense.

Sauf que ce n’est pas vraiment ce qu’on pense à l’Élysée, où il va sans doute falloir mettre un peu d’ordre dans ces appréciations divergentes. Présente elle aussi, la conseillère (civile) du président de la République pour les affaires militaires, Cécile Fontaine dont le rôle a été fort important dans la rédaction du Livre blanc, a rétorqué au général Georgelin, avec l’air de ne pas y toucher, qu’il fallait "sortir de la logique" voulant qu’"on prépare la guerre d’avant, pour analyser les nouvelles menaces".

Il semblerait qu’à l’Élysée, on n’ait pas été vraiment satisfait des conditions dans lesquelles s’est préparée la mission des soldats français qui sont tombés dans l’embuscade d’Uzbeen. Et qu’on estime justement que les moyens de renseignement tactiques auraient dû être déployés avant que la mission ne s’engage. Estimerait-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, comme naguère Georges Clemenceau, que "la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires" ? Il se pourrait qu’on en prenne le chemin.

Le général Georgelin, chef d’état-major des armées, et Bernard Bajolet, coordinateur national du renseignement © WITT / SAEED KHAN / SIPA / AFP


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