lundi 11 décembre 2017

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MAM : « Les islamistes recrutent dans nos prisons »

Propos recueillis par Jean Chichizola, Christophe Cornevin et Jean-Marc Leclerc, le Figaro

mercredi 10 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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INTERVIEW - Les services antiterroristes ont interpellé 55 islamistes en France depuis le début de l’année et s’intéressent à de jeunes djihadistes partis pour l’Afghanistan.

LE FIGARO. Sept ans après le 11 Septembre, l’Afghanistan est redevenu l’un des bastions du terrorisme islamiste.

De jeunes djihadistes quittent-ils la France pour aller s’entraîner dans cette région ? Michèle ALLIOT-MARIE. Nos services ont effectivement établi que des Français se rendent aujourd’hui dans la zone pakistano-afghane pour y recevoir enseignement et entraînement. Une information confirmée par plusieurs agences de renseignement européennes ou extra-européennes.

Combien de candidats à la guerre sainte afghane avez-vous identifiés ? Une dizaine ?

Plus d’une dizaine assurément. Les spécialistes de la lutte antiterroriste suivent ces réseaux. Au-delà de la résurgence de cette filière pakistano-afghane, nous sommes également intervenus à plusieurs reprises au cours de l’année pour mettre fin à l’existence de groupuscules en lien avec al-Qaida au Maghreb islamique sur notre propre territoire. Ainsi des membres présumés d’un groupe terroriste d’Asie centrale ont été récemment arrêtés à Mulhouse, alors qu’ils envoyaient de l’argent et du matériel pour le djihad. À Toulouse et dans l’est de la France, des extrémistes ont été interpellés alors qu’ils soutenaient des entraînements paramilitaires.

Dans ce contexte difficile, quel est le bilan des services antiterroristes français ?

Je peux vous révéler que 89 activistes islamistes ont été interpellés en France en 2007. Et que 55 autres ont été arrêtés sur notre sol depuis le début de l’année.

Comment naissent ces nouvelles cellules terroristes ?

Les prisons françaises sont un lieu de recrutement privilégié pour les islamistes radicaux. C’est l’une de mes préoccupations. Je viens d’ailleurs de proposer à mes homologues européens d’élaborer un manuel sur l’islamisme en milieu carcéral, pour mieux informer les professionnels de la sécurité sur la façon de détecter et d’empêcher ce type de recrutement. Certains quartiers sensibles dans nos banlieues restent également des cibles de choix pour les activistes salafistes. Les jeunes sont ensuite envoyés en formation théologique en terre d’islam, pris en charge dans des écoles coraniques, comme les madrasas du Pakistan, d’Égypte ou du Yémen.

La filière irakienne est-elle tarie ?

L’Irak reste un point d’attraction pour certains islamistes, mais les filières pakistano-afghanes se sont indéniablement renforcées. Aujourd’hui, les lieux d’endoctrinement et d’entraînement se concentrent à nouveau sur cette zone.

Voyez-vous poindre d’autres menaces sur le front islamiste ?

Ce qui se passe sur Internet nous mobilise de plus en plus. Les groupes communiquent entre eux par ce biais. La coopération européenne entre les ministères de l’Intérieur se révèle indispensable pour assurer une veille efficace sur les messages qu’ils s’échangent. Par ailleurs, il est essentiel d’intensifier le contrôle aux frontières pour repérer les réseaux ou les terroristes qui tentent de pénétrer dans notre pays. Pour cinq pays à risque, comme le Pakistan ou le Yémen, nous nous faisons communiquer, en accord avec les compagnies aériennes, les noms, les prénoms, les dates de départ et d’arrivée de passagers signalés dangereux. Nous voulons étendre cette veille à d’autres pays et aux vols avec escale, ce qui interdirait par exemple de passer par la Suisse en venant du Pakistan pour brouiller les pistes. Enfin, nous souhaiterions savoir si les passagers visés voyagent seuls ou accompagnés. C’est important pour prévenir les détournements d’avions.

L’Afrique n’est pas épargnée. Après les quatre Français tués en Mauritanie, un ingénieur français a été assassiné en juin dernier dans la banlieue d’Alger. Faut-il encore craindre pour nos ressortissants ?

Malheureusement oui. Je me souviens d’avoir fait supprimer une étape du Paris-Dakar au Mali car je disposais d’informations concernant une menace très précise. Depuis six ans et demi, au ministère de la Défense puis à celui de l’Intérieur, j’ai observé des changements dans la structure d’al-Qaida. D’une organisation centralisée, on est passé à une myriade de réseaux autonomes, puis ces dernières années à des regroupements autour de mouvements comme l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien, rebaptisé al-Qaida au Maghreb islamique. AQMI menace aujourd’hui les intérêts français dans tout le Maghreb et son influence s’étend au Sahel. Un danger d’autant plus important que les terroristes ont changé de tactique. Plusieurs dirigeants des pays du Golfe m’ont ainsi confié que les attentats organisés longtemps à l’avance cèdent le pas à des attaques d’opportunité, non programmées et commises par des individus endoctrinés via Internet. Ces derniers ne font parfois même pas partie d’un réseau. Ce nouveau péril est donc beaucoup plus difficile à cerner et à suivre.

En France, le terrorisme englobe aussi les mouvements indépendantistes violents. En Corse, quelle est la situation après la mutation controversée du coordonnateur des forces de police ?

Le terrorisme y est en baisse constante. Même si nous avions déploré une petite reprise au dernier trimestre, nous avions enregistré 181 attentats sur l’île en 2007, contre une moyenne de 235 en 2006. Depuis le 1er janvier, il n’y a eu que 62 attentats.


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