mardi 17 octobre 2017

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« Al-Qaida n’aurait pas les moyens d’un nouveau 11/9 »

Propos recueillis par Julie Connan, le Figaro

jeudi 11 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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INTERVIEW - Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et islamologue, analyse les ambitions et les moyens de l’organisation terroriste, sept ans après les attentats du 11 Septembre.

Al-Qaida aurait-elle les moyens et les motivations de refaire un second 11 Septembre ?

Les motivations sont certaines. Al-Qaida est obligée de faire de la surenchère : l’organisation n’existe que dans la mesure où elle commet des attentats et où elle obtient une couverture médiatique. Sinon en termes d’organisation politique, al-Qaida n’existe pas. Ils doivent faire des actions spectaculaires, ou bien alors, leur image se dégonfle.

En a-t-elle les moyens ? Ce n’est pas évident : le concours de circonstances qui a rendu possible le 11/9 a peu de chances de se trouver à nouveau réuni, après toutes les mesures policières, de renseignements, prises depuis.

La France doit-elle avoir peur d’al-Qaida après son engagement en Afghanistan ?

Je crois qu’il ne faut pas exagérer la capacité de précision stratégique d’al-Qaida. S’ils disposaient d’un réseau structuré dans l’Hexagone, alors oui, ils essaieraient de commettre des attentats pour « punir » Paris de son activisme en Afghanistan.

Mais ce n’est plus comme ça que cela fonctionne : c’est une question de moyens, de centralisation et d’organisation.

Si la France n’a pas connu d’attentats, c’est aussi parce que les services français ont réussi à agir de façon préemptive pour arrêter des réseaux potentiels avant qu’ils ne passent à l’action. Donc l’idée qu’il y a un danger supérieur en France suite à l’intervention en Afghanistan n’est pas corroborée par les faits.

Que faut-il penser des menaces proférées contre la France par l’ex-GSPC, aujourd’hui reconverti en « al-Qaida au Maghreb islamique » ?

Ces mouvements n’existent que par la parole et l’action, mais il y a un décalage croissant entre les deux car ils n’ont ni les moyens humains, ni les moyens financiers de leurs déclarations.

Depuis les attentats de 95 en France, il y a cette idée que la menace terroriste en France vient de l’Algérie, alors que ce n’est pas corroboré. C’était vrai en 95, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Pour moi, l’ex-GSPC, comme beaucoup d’organisations locales, est un résidu des grands mouvements de radicalisation, le FIS d’abord et le GIA ensuite en Algérie. Privés de perspective territoriales nationales comme la construction d’un Etat islamique en Algérie, ils se rattachent à al-Qaida.

Quel est le profil des sympathisants d’al-Qaida en Europe ?

Tous les gens associés à al-Qaida ont un profil commun : ce sont des « déterritorialisés », qui circulent entre plusieurs pays et entre plusieurs nationalités.

Al-Qaida est également un phénomène générationnel : ce sont des jeunes en rupture avec leur famille et avec leur milieu, des marginaux, que je compare plutôt à l’ultragauche des années 70.

Mais, il ne faut pas voir ça comme une marginalité sociale économique, il y en a qui sont très bien intégrés : Kamel Daoudi dans le réseau Beghal (du nom du Franco-algérien, Djamel Beghal, chef présumé d’une cellule islamiste radicale, NDLR) était informaticien par exemple à Athis-Mons, dans l’Essonne.

Ils ne viennent pas du tout des milieux religieux traditionnels et n’ont pratiquement aucune formation religieuse. Quand ils deviennent des born again, des reconvertis ou des convertis tout court, ils passent à l’action extrêmement rapidement.

C’est l’organisation « islamique » qui a le plus grand nombre de convertis. En France, on peut dire que 20% des membres du réseau Beghal étaient par exemple des convertis.

Les autorités auront-elles les moyens à long terme d’endiguer la menace ?

Il y a toujours un risque : comment savoir à l’avance qu’un petit groupe de jeunes dans un endroit quelconque, est en train de se radicaliser et décide de passer à l’action, alors même qu’ils n’ont pas établi de liens directs avec le centre au Pakistan ?

Il y en a qui passeront entre les mailles du filet, il y aura des attentats. Mais ces jeunes-là n’ont pas les capacités logistiques pour monter de gros attentats, parce dès qu’ils veulent passer à l’échelle supérieure, ils doivent circuler, communiquer, stocker, s’organiser, etc. Et c’est là qu’ils peuvent tomber sous les radars des services de polices et de renseignements.

Après le Pakistan, le Maghreb, l’Afrique, quels sont les nouveaux foyers potentiels d’al-Qaida ?

Le Liban est à surveiller : on assiste à une radicalisation des jeunes sunnites qui ne se sentent plus intégrés dans l’espace national.

Ce sera peut-être le cas des Palestiniens quand il n’y aura plus aucune perspective de règlement de paix en Palestine. Je ne pense pas forcément aux Palestiniens de Gaza ou des Territoires occupés, mais les Palestiniens de l’exil. Al-Qaida peut puiser dans les groupes de population qui vont être amenés à se déterritorialiser, à ne plus de reconnaître dans un pays ou un territoire donné, comme les gens qui proviennent de camps de réfugiés ou qui appartiennent à des milieux nomades.

Olivier Roy : « Le croissant et le chaos », Hachette, 2007

A paraître : « La Sainte ignorance », Le Seuil, octobre 2008.


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