vendredi 20 octobre 2017

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Le faux agent de la DGSE avait détroussé une agence de La Poste

Christophe Cornevin, le Figaro

jeudi 6 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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En prétendant déjouer un attentat terroriste, le faux espion a empoché 350 000 euros.

LA POLICE JUDICIAIRE, qui a déjà interpellé de faux évêques, des émirs bidon ou encore des aristocrates d’opérette, avait rarement rencontré aussi extravagante escroquerie. L’affaire mêle des responsables d’agences bancaires qui ont pioché dans la caisse pour « déjouer un complot terroriste ». L’auteur de l’entourloupe, un certain Gilbert, se faisait passer pour un agent de la DGSE. Il tirait les ficelles depuis Israël. Le préjudice s’élèverait à plus de cinq millions d’euros. Il aura fallu plusieurs semaines d’investigations de la première Division de police judiciaire (DPJ) pour élucider l’affaire.

Le 26 juillet dernier, la directrice d’une agence de La Poste reçoit un appel d’un homme qui se fait passer pour Jean-Paul Bailly, PDG de l’établissement public. Il lui ordonne de se mettre au service d’un agent de la DGSE qui doit l’appeler prochainement. Sa mission consiste à déjouer un attentat dans Paris. Une heure plus tard, le téléphone sonne à nouveau : l’agent secret appelle. D’emblée, il lui dit d’acheter un téléphone portable - son poste de travail n’étant pas sécurisé - pour joindre un numéro à Londres. L’employée, paniquée, s’exécute. Au bout du fil, l’espion lui attribue un prénom de code avant d’ajouter : « Attendez les instructions et ne coupez jamais le mobile ! »

Sous la porte des toilettes

Pendant deux jours, la directrice est harcelée jour et nuit par une quarantaine d’appels. L’agent traitant exige qu’elle demeure en alerte absolue. « Le faux officier de la DGSE a attendu que la directrice soit en condition, c’est-à-dire à bout de nerfs, avant de lui demander les noms de ses six plus gros clients », confie un enquêteur. L’escroc sélectionne alors un nom au hasard, et le désigne comme le financier des attentats en préparation. Il explique à sa victime que ce dernier serait sur le point de se rendre au guichet pour retirer 500 000 euros en espèces.

Pour remonter la filière terroriste, la directrice se voit alors ordonner de vider ses caisses, soit 358 000 euros, afin de piéger les liasses avec des puces électroniques. L’agent lui garantit que les billets lui seront retournés aussitôt la manipulation effectuée. Rendez-vous est pris dans une brasserie de la place de la Nation, où la banquière remet l’argent à une inconnue sous la porte des toilettes. « Elle n’en verra plus jamais la couleur », explique un policier. Le faux agent secret a essayé en vain d’abuser vingt-cinq autres responsables d’agence en France.

Depuis le mois dernier, l’escroc visait plus haut en appelant directement les responsables des virements internationaux au siège de grandes banques. L’une d’entre elles avait notamment transféré 5,18 millions d’euros sur un compte en Estonie. La somme avait été immédiatement débitée. Grâce à de multiples recoupements téléphoniques, la 1re DPJ a localisé l’escroc qui se cache en Israël. Son épouse et la mère de celle-ci, soupçonnées de complicité, ont été interpellées lundi à leur domicile de Courbevoie (Hauts-de-Seine).


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