lundi 16 octobre 2017

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Le Pentagone planche sur un nouveau réseau IP stratégique

Estelle Dumout, ZDNet France

mardi 23 novembre 2004, sélectionné par Spyworld

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C’est un projet technologique sur vingt ans : un réseau internet rapide, sans fil et hautement sécurisé, pour permettre aux militaires américains d’être omniscients sur leurs terrains d’intervention. Son coût : des centaines de milliards de dollars.

Les militaires américains travaillent d’arrache-pied à la mise au point d’un nouveau réseau internet entièrement sécurisé. Baptisé GIG-BE, pour Global Information Grid - Bandwith Expansion (en français, "réseau d’information global à bande passante élargie"), le projet a démarré il y a six ans, mais les premiers tests de connexion n’ont démarré que fin septembre.

C’est la Defense Information Systems Agency (DISA), l’agence chargée des systèmes d’information du ministère de la Défense, qui pilote de son développement. Il comprend la modernisation du réseau actuel utilisé par les militaires américains (Defense Information System Network ou DISN), en augmentant à la fois la bande passante et en multipliant les points d’accès, grâce à des connexions par fibres optiques et sans fil hautement sécurisées.

L’objectif est d’interconnecter une centaine de lieux stratégiques répartis entre les États-Unis, la zone Pacifique et l’Europe, et de permettre ainsi le partage et l’échange ultra-rapide d’informations sensibles, émanant des agences de renseignement - comme des plans, des détails sur l’ennemi, ses positions, ses habitudes, les configurations d’intervention sur le terrain... Les militaires doivent pouvoir ainsi disposer de tout ce qui leur est indispensable au combat.

Microsoft et IBM embarqués dans le projet

Peter Teets, sous-secrétaire à la Défense chargé de l’armée de l’air, a récemment exposé les grandes lignes de ce projet devant les membres du Congrès. Cet « internet du ciel », comme il l’a qualifié, « permettra à des [soldats] dans un véhicule blindé [situé] dans un pays lointain, au beau milieu d’une tempête, d’ouvrir leur ordinateur portable, de demander des images satellite et de les télécharger en quelques secondes ».

« Nous envisageons un internet hautement sécurisé dans lequel les activités militaires et celles de renseignement sont fusionnées », explique au New York Times Robert Stevens, directeur exécutif de Lockheed Martin Corporation, l’un des plus grands fabricants d’armes américains, impliqué dans le projet. « Chaque militaire aura une vision globale du champ de bataille, ou "God’s-eye view" », précise-t-il, « c’est là que ce se trouve la véritable puissance ».

Un consortium a été formé le 28 septembre, rassemblant à la fois des sociétés spécialisées dans le matériel militaire et des groupes informatiques pour parachever le développement du GIG-BE, rapporte le quotidien new-yorkais. Boeing, Cisco Systems, HP, IBM, Microsoft, Oracle et Sun Microsystems en font notamment partie.

Un projet irréaliste techniquement ?

Selon des documents émanant du Pentagone, l’achèvement de ce nouveau réseau devrait prendre quasiment vingt ans, et coûter plusieurs centaines de milliards de dollars. Mais pour Donald Rumsfeld, l’actuel ministre de la Défense, la dépense est stratégique : « L’élément qui bouleversera certainement le plus nos forces armées ne sera pas une combinaison d’armes, mais un réseau interconnecté », a-t-il déclaré.

Pourtant, d’autres se montrent déjà sceptiques face aux capacités d’un réseau qui se voudrait omniprésent et omniscient. Vinton Cerf, l’un des pères de l’internet actuel, et consultant auprès du Pentagone, se demande si ces objectifs sont réalistes : « Je veux être sûr que ce que nous sommes en train de réaliser est réellement une vision et non pas une hallucination », a-t-il déclaré au New York Times.

« C’est un peu comme le projet "Star Wars", lorsque la politique était "Allons-y et construisons ce système", alors que la technologie ne pouvait absolument pas suivre », rappelle-t-il. « Il n’y a rien de mal à avoir des objectifs ambitieux. Il faut juste tenir compte, dans ces projets, des réalités physiques ».

Cerf fait ici férérence au projet SDI (Strategic Defense Initiative), imaginé par l’équipe de Ronald Reagan dans les années 80 : il s’agissait de créer une sorte de bouclier spatial pour détecter et intercepter des missiles balistiques menaçant les États-Unis. Le SDI, qui a fait couler beaucoup d’encre et d’argent public, a finalement été relégué aux oubliettes à cause de sa très haute complexité technique. Il a même existé un projet civil qui s’est inspiré du maillage satellitaire du SDI : le réseau global Teledesic, mort sans avoir vu le jour à la fin de 2002, dix ans après avoir été lancé par Craig McCaw et Bill Gates.


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