vendredi 15 décembre 2017

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Al-Qaida défie l’Occident en frappant au Pakistan

Marie-France Calle, le Figaro

lundi 22 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Un attentat à l’hôtel Marriott d’Islamabad, qui visait à la fois le gouvernement et un emblème de la présence étrangère, a fait selon le bilan officiel 53 morts et 266 blessés.

L’image s’est imposée d’elle-même : « Un 11 Septembre pakistanais. » Tout y était. Les flammes qui se sont engouffrées dans les étages de l’hôtel Marriott, l’un des plus prestigieux d’Islamabad ; les silhouettes entraperçues dans l’encadrement des hautes baies dont les vitres venaient d’être soufflées, faisant craindre des défenestrations dictées par la panique ; les structures d’acier tordues par la puissance de la déflagration… Oui, tout. Y compris l’immense cratère de six mètres de profondeur, creusé à l’endroit où le camion piégé a explosé. Hier matin, secouristes et pompiers munis de bouteilles d’oxygène poursuivaient leurs recherches dans l’espoir de retrouver des survivants, ou de dégager des corps ensevelis sous les décombres encore fumants.

Dans la soirée, le ministère de l’Intérieur faisait état d’un bilan officiel de 53 morts et 266 blessés. Il pourrait hélas s’alourdir. Quatre étrangers, dont l’ambassadeur de la République tchèque au Pakistan, deux Américains et un Philippin, figurent au nombre des victimes. De l’hôtel, il ne reste rien ou presque. Malgré les mesures de sécurité draconiennes mises en place au fil des mois, le Marriott n’a jamais été une forteresse imprenable. Nous le savions tous. Cela n’avait pas échappé, non plus, aux terroristes. L’hôtel avait déjà été pris pour cible à plusieurs reprises.

Samedi, sur le coup de 20 heures, un kamikaze au volant d’un gros camion bourré de 500 kg d’explosifs, a enfoncé la barrière de sécurité située à l’entrée principale du Marriott (voir la vidéo ci-dessous). Mais il a buté sur la herse qui se redresse automatiquement avant le passage de tout véhicule. Tandis que le drame se jouait en quelques secondes au dehors (tous les gardes de sécurité et leurs chiens ont péri), vingt mètres plus loin, dans les salles à manger de l’hôtel, quelque 200 personnes se préparaient à passer à table pour l’iftar, la rupture quotidienne du jeûne en période de ramadan. Le Marriott n’était pas seulement le quartier général des étrangers au Pakistan, il était également très prisé de la haute bourgeoisie locale.

Colère contre les incursions américaines

Le symbole est énorme et à entrées multiples. En visant l’hôtel Marriott, sous franchise américaine, les terroristes s’en sont pris à un emblème de la présence étrangère, voire américaine, dans le pays ; au gouvernement et à toutes les icônes de la nouvelle démocratie, puisque le cinq-étoiles était situé à proximité du Parlement et du palais présidentiel ; à l’establishment, enfin (entendez l’armée et les services secrets). Le général Ashfaq Parvez Kayani assistait à un iftar chez Yousuf Raza Gilani, le premier ministre, dont la demeure se trouve à 500 mètres de l’hôtel.

Bien qu’aucune revendication n’ait été formulée, il n’y a guère d’incertitudes sur les auteurs de l’attaque. Islamabad vient d’affirmer qu’elle porte la marque « d’al-Qaida ou de ses associés », et que le kamikaze était sûrement originaire des zones tribales situées à la frontière afghane. Là où les combats font rage entre l’armée pakistanaise et les militants islamistes. Et où les forces américaines stationnées en Afghanistan larguent des missiles quasiment au quotidien depuis le début du mois de septembre. « Le message est sans ambiguïté, il s’adresse à la population pakistanaise : votre gouvernement et votre armée autorisent les Américains à attaquer notre territoire », juge le général à la retraite Talat Masood.

Comparer le spectaculaire attentat de samedi, au cœur d’Islamabad, à ceux qui avaient réduit en cendres le World Trade Center à New York, le 11 septembre 2001, revient, il est vrai, à suggérer que les États-Unis et le Pakistan sont embarqués dans une même guerre contre le terrorisme. Erreur. C’est même sur ce malentendu que se greffent les tensions, de plus en plus vives, entre Washington et Islamabad. Comme le général-président Pervez Musharraf avant lui, Asif Ali Zardari, le nouveau chef de l’État, tente de convaincre les Pakistanais que la lutte antiterroriste menée par l’armée pakistanaise est bien « leur guerre et pas seulement celle des États-Unis ». En vain. « Le Pakistan est en proie à une épidémie, à un cancer que nous éradiquerons », a martelé Zardari lors d’une allocution télévisée, dans la nuit, après la tragédie. Quelques heures auparavant, s’adressant pour la première fois au Parlement depuis son élection, début septembre, il avait pris soin de dire que jamais il n’accepterait que les Américains violent la souveraineté du Pakistan.

La « nouvelle stratégie » de Washington dans la guerre en Afghanistan n’est pas faite pour aider le gouvernement d’Islamabad, démocratiquement élu en février dernier. Elle met en fait Zardari devant un dilemme intenable. Avec, d’un côté, une population en colère contre les incursions américaines, et dont le seul souhait est de voir l’armée pakistanaise cesser ses opérations dans la ceinture tribale. Et, de l’autre, les Américains qui font de plus en plus pression pour qu’Islamabad reste un allié fiable et actif. Un retour, en somme, à la case 2001. Quelques jours après les attentats du 11 Septembre aux États-Unis, Musharraf n’avait guère eu le choix. Le sous-secrétaire d’État américain de l’époque, Richard Armitage, avait transmis au général-président le message suivant : « Si le Pakistan ne collabore pas avec les États-Unis, il sera bombardé et ramené à l’âge de pierre. »


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