mercredi 18 octobre 2017

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Armée : la révolution du premier drone européen

Didier Gout, le Figaro

lundi 22 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Les drones s’invitent au débat parlementaire sur l’Afghanistan qui s’ouvre lundi. Ces avions sans pilote, comme le futur Advanced UAV, capable de détecter le moindre mouvement au sol sur un périmètre très vaste, auraient peut-être pu éviter la mort de nos soldats, le mois dernier.

Doté des techniques les plus pointues pour suivre les mouvements d’un ennemi insaisissable, Advanced UAV, le superavion sans pilote, développé par la société européenne EADS, aurait peut-être pu avertir nos soldats de l’embuscade du col d’Uzbeen, en Aghanistan, dans laquelle dix d’entre eux ont laissé la vie, le 18 août dernier. Mais ce drone révolutionnaire, conçu pour évoluer dans l’espace aérien civil - et donc capable d’éviter les avions pilotés dans les couloirs aériens, ce qui est une grande première - ne volera au plus tôt qu’en… 2015.

Pour l’heure, le programme vient d’être engagé par les ministres de la Défense de la France et de l’Allemagne, en attendant l’Espagne qui devrait suivre d’ici à la fin du mois. La commande, prévue pour 2009 (même si l’État se réserve une solution de repli avec le drone Heron TP de Dassault Aviation et de l’israélien IAI) portera sur une quinzaine d’appareils avec leurs stations de commande au sol pour les trois pays. Soit, au total, un investissement colossal d’un milliard d’euros.

L’intérêt de l’Advanced UAV est triple. Son autonomie de vingt-quatre heures, tout d’abord, lui permet de décoller d’Europe pour des missions consistant, par exemple, à surveiller les razzias d’une tribu au Darfour ou les embarcations de fortune qui se dirigent vers les îles Canaries. Une fois arrivé à destination, il peut rester douze heures sur zone à faire des cercles ou des rectangles dans le ciel afin de recueillir le maximum d’informations qui serviront soit à déclencher des représailles, soit à alerter les secours, avant de rentrer au bercail.

Cette autonomie phénoménale résulte de son envergure, 26 mètres pour un poids de 6 tonnes au décollage (soit autant qu’un Airbus A 320, mais avec une masse douze fois supérieure !), qui fait ressembler l’Advanced UAV à un immense planeur doté de deux réacteurs de jet.

Ensuite, ce drone high-tech possède un radar à balayage électronique, installé sur son ventre, qui est associé à une boule électro-optique placée, elle, dans son gros nez (ce qui lui donne un air d’« avion clown »). Ces équipements ultra-performants sont capables de détecter, depuis une altitude de 50 000 pieds (environ 15 000 mètres), sur des carrés de 10 km à 100 km de côté, les moindres mouvements au sol de véhicules comme de soldats ennemis, et de communiquer les informations en temps réel par l’intermédiaire de satellites de télécommunication.

Souplesse d’utilisation infiniment plus grande

Conçu par Thales, EADS Defence Elecronics et l’espagnol Indra, ce radar à balayage électronique, dont certains avions Rafale commencent à être équipés, est une innovation en soi. Doté d’une vision panoramique à 360 degrés et capable de travailler dans tous les modes possibles (maritime, terrestre), il est beaucoup plus performant qu’un système mécanique avec antenne tournante.

Dernier point fort de l’Advanced UAV et non le moindre : les ministres de la Défense ont demandé qu’il soit conçu et certifié pour voler dans l’espace aérien où circulent les avions civils. Redondance des systèmes et des logiciels, dispositifs anticollisions avec des technologies dites « Sense and Avoid » à base de radars millimétriques et de senseurs optroniques pour détecter et éviter les autres avions pilotés : ce drone hors normes va être doté des technologies les plus pointues pour répondre aux exigences des autorités du contrôle aérien.

C’est là une évolution énorme pour des machines sans pilote. Jusqu’ici les drones ne pouvaient circuler que dans des espaces réservés, dits « ségrégés », et leur emploi restait surtout limité aux zones de tensions et d’opérations militaires, comme la frontière israélo-palestinienne, l’Irak et l’Afghanistan. La possibilité de voler dans l’espace civil va conférer à l’Advanced UAV une souplesse d’utilisation infiniment plus grande.

En attendant sa mise en service, prévue en 2015, le ministère de la Défense n’entend pas rester les bras croisés. À l’occasion du débat parlementaire extraordinaire sur l’envoi de renforts en Afghanistan, qui débute aujourd’hui, on s’attend à l’annonce d’un envoi accéléré d’ici à novembre de SIDM (système intérimaire de drone MALE) conçus par l’israélien IAI et EADS, qui présentent l’avantage d’être déjà opérationnels. Sans opérer des miracles, le SIDM a déjà fait ses preuves en surveillant, depuis le ciel, dans un espace « ségrégé », le dernier pèlerinage de Benoît XVI à Lourdes.

Advanced UAV, superavion sans pilote développé par la société européenne EADS, est conçu pour évoluer dans l’espace aérien civil - une nouveauté - et devrait être mis en service en 2015.


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