dimanche 22 octobre 2017

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RG. Du bluff, des euros... et des oublis

Hervé Chambonnière, Letelegramme.com

mardi 23 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Troisième volet de notre plongée dans les services de renseignement avec, cette fois-ci, les « gorges profondes », qui opèrent en milieu fermé.

Ils travaillent dans « la cour des grands », en milieu fermé. Leurs cibles ? Caïds, terroristes et extrémistes de tous poils. Des gars jamais bavards, toujours sur le qui-vive. L’ex-fichier RG désignait en France, en 2007, près de 70.000 et 65.000 personnes pour les seules extrêmes droite et gauche. Pour les plus méfiants, même les filatures et les écoutes ne suffisent pas. Seule solution : infiltrer le groupe. « Dans ces groupes très fermés, il est très difficile de recruter un militant. Il faut alors trouver quelqu’un qu’on va pousser vers cette organisation. Quelqu’un qui a suffisamment de potentiel pour monter ensuite dans la hiérarchie, explique un officier qui a fait sa carrière en Bretagne. Le résultat a parfois dépassé toutes nos espérances... »

Des « défraiements »

Les hommes du renseignement savent être « persuasifs ». Contrairement au milieu ouvert, les sources infiltrées peuvent être rémunérées. « C’est rare », assure un commissaire. Certains policiers évoquent des montants de 150 à 200 euros.

« Tout dépend de l’information donnée, précise un officier traitant. Cela peut atteindre des milliers d’euros et même beaucoup plus s’il s’agit d’anti-terrorisme. » D’autres ne parlent que de « défraiements ». Comme pour ce Breton parti en Corse assister à une réunion nationaliste. « On lui a évidemment réglé les billets d’avion et le séjour... » Certains ne demandent « rien, ou très peu ». « J’ai le souvenir d’un étudiant qui avait juste réclamé qu’on lui paie son inscription à la fac et un abonnement à internet », rapporte un autre policier. Cela peut aussi être une facture payée, un coup de pouce administratif (dossier qui devient prioritaire, etc.). Méthodes contestables ? Réponse d’un commissaire : « La PJ fait exactement la même chose avec ses indics. »

DST : pas touche !

Autres carottes : pour un étranger (infiltrer un groupe d’islamistes radicaux), ce sera un titre de séjour ou une naturalisation. Pour un groupe violent dans une cité, ou un groupe extrémiste, c’est oublier un petit délit, renoncer à transmettre un dossier au judiciaire. Ou, au contraire, menacer de le faire... Rien de tel, aussi, qu’un problème fiscal déniché dans un dossier. « C’est très efficace, témoigne cet autre fonctionnaire. D’ailleurs, on travaille beaucoup avec les impôts. » Pour ne pas griller une surveillance ou une enquête, les collègues en tenue sont, eux aussi, parfois invités à fermer les yeux. Exemple avec le cas de ce conducteur, contrôlé par une patrouille, dans une grande ville bretonne. Les policiers interrogent leur fichier : le type conduit alors que son permis est annulé. Il mentionne surtout qu’il s’agit d’un extrémiste sous surveillance de la DST. Trois lettres qui signifient : pas touche ! La patrouille ne fera aucune observation et laissera le conducteur reprendre le volant, sans qu’il ne se soit douté de quoi que ce soit.

Le coup de la cigarette

« Quand ça coince un peu, on peut aussi y aller au bluff, ajoute un ancien. Il suffit de faire croire au type qu’il est sous surveillance et que l’on sait déjà plein de choses sur lui. Un exemple : vous lui proposez une de vos Marlboro et vous vous ravisez aussitôt. Non, vous, vous fumez des Pall Mall, c’est ça ? Bien sûr, c’est ce que vous avez observé le plus simplement du monde, quelques minutes auparavant, au coin de la rue... Cela peut parfois suffire pour impressionner. » Mais le plus souvent, pas besoin d’artifices ou de menaces. « Surtout pas, prêche cet ancien commissaire. Vous n’imaginez pas à quel point les gens sont bavards... »


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