dimanche 17 décembre 2017

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L’Inde en quête d’une stratégie face à l’émergence d’un terrorisme local

Frédéric Bobin, le Monde

samedi 27 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’Inde va-t-elle devoir apprendre à vivre au quotidien avec le terrorisme ? En l’espace d’un an, 215 personnes ont péri dans huit séries d’attentats affectant principalement le nord du pays. Le dernier en date a frappé, le 13 septembre, des artères commerciales de la capitale, New Delhi. Ce nouveau défi terroriste sera évoqué lors de la tournée européenne du premier ministre, Manmohan Singh, qui assistera, lundi 29 septembre à Marseille, au sommet Union européenne - Inde avant de retrouver Nicolas Sarkozy, mardi à Paris, dans un cadre bilatéral franco-indien.

Puissance régionale, l’Inde est concernée au premier chef par les désordres au Pakistan - son rival historique - et la guerre en Afghanistan, où elle joue un rôle croissant dans le domaine de la reconstruction civile. Elle ne peut donc qu’être intéressée par une réflexion globale visant à stabiliser ces deux théâtres où prennent leur source des groupes radicaux islamistes ayant frappé son territoire à de multiples reprises.

Toutefois, à Marseille comme à Paris, M. Singh aura l’occasion d’édifier ses interlocuteurs sur un type nouveau de terrorisme, moins lié aux manoeuvres de déstabilisation émanant du Pakistan - ou du Bangladesh - et davantage enraciné dans la société indienne. L’émergence d’un groupe comme les Moudjahidins indiens (MI), qui a revendiqué la plupart des attentats de l’année écoulée (New Delhi, Ahmedabad, Jaipur...), révèle en effet une "indianisation" inédite de la tentation djihadiste. Si des manipulations extérieures ne sont pas à exclure, les noyaux du MI sont tous composés de musulmans indiens, en général des étudiants dotés d’une solide formation technique.

L’Etat indien de l’Uttar Pradesh (Nord) apparaît comme leur berceau. Au lendemain des attentats de New Delhi, M. Singh s’était ouvertement inquiété de cette "nouvelle dimension" du péril terroriste en Inde.

Comment désamorcer la dérive ? La police a démantelé, mardi 23 septembre à Bombay, une cellule de cinq activistes du MI qui, selon elle, projetaient des attentats dans la capitale économique. Mais l’enquête patine. L’artificier en chef du groupe, Abdus Shuban Qureishi, alias Tauqeer, court toujours. Le débat fait rage en Inde sur les inflexions à apporter à une stratégie antiterroriste jusqu’à présent prise en défaut. A droite, le Bharatiya Janata Party (BJP) - mouvement nationaliste hindou - appelle à l’adoption d’une législation plus répressive. Il fustige notamment l’abrogation par le Parti du Congrès - à la tête de la coalition gouvernementale - d’une loi antiterroriste adoptée par le BJP en 2002 quand celui-ci était au pouvoir.

"CLIENTÉLISME ÉLECTORAL"

Le gouvernement lui-même est divisé entre faucons et colombes. Les modérés redoutent de voir la communauté musulmane (14 % de la population) stigmatisée par une législation ad hoc. Certains petits partis de la coalition, comme le Samajwadi Party (SP) ou le Rashtriya Janata Dal (RJD), qui comptent de nombreux musulmans parmi leurs électeurs, sont parmi les plus hostiles au durcissement de l’arsenal législatif existant. "L’antiterrorisme en Inde est l’otage du clientélisme électoral !", s’insurge Subhash Kapila, du cercle de réflexion South Asia Analysis Group.

L’autre difficulté tient à la nature fédérale du système politique indien. La sécurité étant du ressort des Etats locaux, le gouvernement central peine à coordonner les initiatives. New Delhi est en quête d’une formule de recentralisation de ses services de sécurité.


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