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Un attentat terroriste déstabilise le régime syrien

Pierre Prier, le Figaro

lundi 29 septembre 2008, sélectionné par Spyworld

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La Syrie privilégie l’hypothèse d’une opération suicide menée par un groupe islamiste depuis l’étranger.

L’explosion qui a fait 17 victimes samedi à Damas suscite des interrogations dans ce pays peu habitué à subir ce genre d’attentat. Lundi matin, l’agence officielle Sana a avancé l’hypothèse d’une opération suicide commise par un « terroriste » ayant des liens avec un groupe extrémiste islamiste. Selon l’agence, la voiture piégée était entrée sur le territoire syrien le 26 septembre depuis un pays frontalier, sans préciser lequel. La Syrie n’a que trois voisins : le Liban, l’Irak et la Jordanie.

Une explosion tôt le matin dans un quartier populaire, 17 morts civils : l’événement passerait presque inaperçu à Bagdad. Pas à Damas. La Syrie passait jusqu’ici pour un État stable, sous la houlette autoritaire du président Bachar el-Assad. Quel message envoie l’attentat perpétré samedi vers 7 heures au cœur de la capitale ? Le pouvoir lui-même évoque plusieurs pistes, allant d’Israël aux groupes islamistes, locaux ou étrangers.

La piste israélienne est écartée par la plupart des spécialistes. L’État hébreu, qui négocie indirectement avec la Syrie, n’aurait aucune raison de la déstabiliser. Les circonstances même de l’attentat posent de nombreuses questions. La bombe était-elle placée dans une voiture piégée ? Probable, mais pas certain. La zone a été aussitôt nettoyée. Qui était visé ? Le carnage a eu lieu près d’un bâtiment des services de sécurité, mais aussi dans un quartier majoritairement chiite, à l’embranchement d’une route qui mène à un sanctuaire chiite très fréquenté.

Dans ce cas, le message sanglant s’adresserait à l’Iran, allié de Damas, mais aussi du gouvernement irakien à majorité chiite. La tuerie viendrait de groupes djihadistes, liés ou non à al-Qaida. Le régime syrien entretient des liens troubles avec ces mouvements, qu’ils soient locaux ou étrangers. Des groupes locaux ont déjà perpétré des attentats manqués contre un bâtiment de l’ONU - vide - en avril 2004, et contre l’ambassade des États-Unis à Damas en septembre 2006.

Ces attaques sont considérées comme suspectes par les services de renseignement occidentaux. Selon eux, le pouvoir pourrait avoir jusqu’ici manipulé des extrémistes, tout en les empêchant de faire de vrais dégâts. Et ce, dans le but de se poser en victime du terrorisme face aux États-Unis, qui accusent Damas de faciliter le passage vers l’Irak de combattants venus de pays musulmans.

Explication islamiste

Ces derniers pourraient eux aussi être responsables du massacre, et pour des raisons similaires. Bachar el-Assad tenterait en ce moment de « serrer la vis » aux djihadistes, afin de se rapprocher des États-Unis. Les combattants fondamentalistes, ulcérés en outre par le rapprochement de Bachar el-Assad avec Israël et avec la France, auraient voulu se venger en portant la guerre en Syrie. Mais à l’inverse, l’Iran peut compter au nombre des suspects. Allié de Damas, mais aussi du gouvernement chiite irakien, l’Iran pourrait avoir voulu lancer un rappel à l’ordre. L’Iran et son allié le Hezbollah auraient un autre motif : venger l’assassinat d’Imad Mughnieh, chef militaire du parti chiite libanais, assassiné en février à Damas dans un attentat à la voiture piégée non résolu. Dans l’hypothèse iranienne, c’est le bâtiment sécuritaire qui aurait été la cible…

Le régime syrien lui-même semble privilégier l’explication islamiste. La semaine dernière, Damas a déployé 10 000 homes à la frontière libanaise, officiellement pour prévenir une menace venue des groupes djihadistes internationaux installés près de Tripoli, accusés par Damas de constituer des réseaux en Syrie et d’être entretenus par l’Arabie saoudite. Des arrestations ont été annoncées immédiatement après l’attentat. Occasion, peut-être, de dénoncer l’Arabie saoudite, qui désigne Damas dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, proche de la monarchie saoudienne.

Enfin, l’explication interne ne peut être exclue. Le pouvoir paraît occupé par des luttes shakespeariennes, illustrées par le mystérieux assassinat en août du général Mohammed Sleimane, un proche du président. Si la voiture transportait bien 200 kg d’explosifs, une telle quantité paraît difficile à amener sous les fenêtres d’un bâtiment des services secrets. Explosion accidentelle d’une voiture piégée préparée par ces mêmes unités ? La cible potentielle n’est pas anodine : le bâtiment appartient aux Daouriyat, « les Patrouilles », qui quadrillent la ville d’espions en civil. Cette unité dépend à son tour des puissants services de renseignement de l’armée de terre, au cœur des luttes de pouvoir. Son patron, le beau-frère de Bachar el-Assad, en a récemment été écarté, dans le cadre d’un recentrage du régime autour des militaires et de la famille proche. L’explosion pourrait démontrer que la sécurité n’est plus assurée depuis son éviction, y compris devant ses propres installations. Mais là encore, le message éventuel reste à décoder.


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