jeudi 14 décembre 2017

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Un rapport nuance la menace des fonds d’investissement américains en France

Pascal Junghans, La Tribune

lundi 10 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les services du ministère de la Défense ont décortiqué six grands fonds : Apax, Cerberus, GLG Partners, Permira, Blackstone et Carlyle. Un colloque sur le thème "Investissements étrangers et sécurité nationale" réunit aujourd’hui des politiques et des industriels français et américains.

Quelle est réellement la stratégie des fonds d’investissement américains ? Représentent-ils un danger pour l’indépendance nationale ? C’est à ces questions que répond, de manière très nuancée, un rapport de la délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense. Des réponses éclairantes alors que se déroule aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, un colloque sur le thème "Investissements étrangers et sécurité nationale", ouvert par Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, clôturé par l’ambassadeur des États-Unis et organisé par Bernard Carayon, député (UMP) du Tarn (voir ci-dessous).

À l’origine de ce rapport, le souhait de la DAS de "déterminer l’ampleur des menaces que pourraient faire peser ces opérations [Ndlr : des fonds américains] sur l’industrie européenne". Le commanditaire souligne que certaines affaires ont "semblé accréditer une thèse selon laquelle les États-Unis auraient une stratégie délibérée de conquête et de contrôle des industries européennes clés dans les secteurs civils et militaires". La DAS veut donc savoir si les opérations des fonds d’investissement américains relèvent de simples opérations financières ou s’ils agissent en service commandé pour leur gouvernement.

Pour répondre à cette question, le rapport, rendu le 1er juin 2005, décortique six grands fonds : Apax, Cerberus, GLG Partners, Permira, Blackstone et Carlyle. Manque à ce panorama TPG, qui a pourtant défrayé la chronique lors de son entrée au capital de Gemplus. Il met en exergue leurs opérations, leurs histoires, leurs réseaux et leurs personnages clés pour en retirer les cinq critères qui, parfois combinés, décident un fonds américain à investir.

Trois sont d’ordre économique : d’abord, l’entreprise-cible exploite une technologie à fort potentiel de développement ; ensuite, l’investissement anticipe la demande américaine ; des investissements visent les banques de données et les vecteurs de communication. Deux autres critères relèvent d’objectifs financiers : d’abord, les fonds investissent dans une firme afin de la restructurer pour en retirer de la valeur ; ensuite, le fonds veut aussi constituer un pôle viable à partir d’une entreprise plate-forme. Le rapport conclut : "Le seul objectif indiscutablement identifiable poursuivi par les fonds d’investissement américains est, dans une pure logique économique, la maximisation du profit."

Zones d’ombre. Toutefois, les choses ne semblent pas simples. Le rapport souligne que cette pure recherche du profit consis-te à prendre le contrôle d’entreprises à fort potentiel techno- logique qui passeraient ainsi, tout de même, sous pavillon américain. Il relève, à l’envi, la complexité des montages financiers inventés par les fonds faisant un usage immodéré des paradis fiscaux. Le véritable contrôle des parts détenues officiellement par l’un d’entre eux dans une entreprise européenne serait alors difficile à prouver. Il ne serait donc pas impossible que tel fonds agisse pour le compte de tel industriel de défense d’outre-Atlantique. Le commanditaire conclut : "Si on ne peut rien affirmer aujourd’hui encore et choisir clairement l’une des deux options [Ndlr : motivation financière ou action sur commande étatique], le partenariat public-privé [Ndlr : américain] a au moins montré la nécessité de s’organiser en Europe."

Maîtriser la naissance des normes

Dominique de Villepin vient de confier une mission de réflexion sur la production de normes par les instances internationales à Bernard Carayon, auteur d’un rapport sur l’intelligence économique, en 2003. La question est en effet sensible, comme le montre le meilleur exemple, celui des normes anticorruption imposées par l’ONG Transparency International. Sans que les États en soient à l’initiative. Et sans que de nombreuses entreprises en soient informées. Désormais, une part croissante de l’activité économique mondiale est régie par cette "soft law" qui naît hors des enceintes étatiques. Certains pionniers travaillent sur le sujet, comme deux anciens dirigeants de Thomson (devenu Thales) ou l’énarque Claude Revel, qui anime un groupe de travail du Medef. La mission Carayon devrait fédérer ces initiatives. P. J.


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