lundi 23 octobre 2017

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Islamabad révise son renseignement

Marie-France Calle, le Figaro

vendredi 3 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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Les services secrets pakistanais changent de tête pour rompre avec les accusations de laxisme face aux talibans.

La frustration grandit à Islamabad. Alliés de Washington dans la lutte antiterroriste dès septembre 2001, les Pakistanais redoutent d’être les grands perdants du nouveau « Great Game » qui se déroule dans la région. Un « Grand Jeu » dans lequel Kaboul a fait entrer l’Arabie saoudite. Et où il est demandé au Pakistan de redoubler d’efforts dans sa guerre contre les talibans et al-Qaida.

« Une bonne partie de l’opinion publique pakistanaise juge que le Pakistan est le bouc émissaire des échecs de l’Isaf (la coalition internationale sous commandement de l’Otan) et du gouvernement afghan », a lancé jeudi Shah Mehmood Qureshi, le ministre des Affaires étrangères d’Islamabad. En visite à Washington, il a martelé : « La majorité des problèmes de l’Afghanistan viennent d’Afghanistan et doivent être traités en Afghanistan. »

Les Pakistanais paient cher leur alliance avec les États-Unis. Une vague sans précédent d’at­tentats suicides a fait plus de 1 200 morts depuis un an. Autant de soldats ont péri depuis 2002, lors de combats dans les zones tribales, aux marches de l’Afghanistan.

« Un bon signal »

En se rangeant du côté des États-Unis en 2001, le général-président Musharraf a aussi sacrifié la sacro-sainte « profondeur stratégique » du Pakistan, si chère à l’armée et à l’ISI, ses services secrets. Que Musharraf ait été pris en tenailles entre ses anciens alliés talibans et ses nouveaux amis américains ne fait guère de doute. Qu’il ait été au courant du soutien que l’ISI continuait d’apporter aux talibans est vraisemblable. Qu’il n’ait rien fait pour y mettre un terme prouve surtout la toute-puissance de l’ISI.

Dans un rapport remontant à 2005 qui vient d’être rendu public, les services secrets espagnols (Cifas) relèvent : « Les talibans, avec l’appui d’al-Qaida et de l’ISI pakistanais, ont reçu des explosifs pouvant être activés à distance. » Il y a quelques semaines, les services de renseignement américains avaient mis en cause l’ISI dans l’attentat contre l’ambassade d’Inde à Kaboul, le 7 juillet (plus de 40 morts).

La nomination du général Ah­med Shuja Pasha à la tête de l’ISI, au début de la semaine, devrait faire bouger les lignes. Pasha a été nommé par le général Ashfaq Parvez Kayani, qui a remplacé Musharraf à la tête des armées en novembre 2007. C’est lui qui a coordonné les opérations militaires qui continuent de se dérouler dans la zone tribale de Bajaur et dans la vallée de Swat. « Sa nomination est un bon signal envoyé aux Américains », juge le général à la retraite Talat Masood.


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