dimanche 22 octobre 2017

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La préfecture du Rhône avait demandé une enquête sur le "prosélytisme religieux"

Richard Schittly, le Monde

vendredi 3 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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Au bout de la chaîne, une bourde monumentale. Ce fameux mail, envoyé le 16 septembre à la direction des ressources humaines du conseil régional Rhône-Alpes. "Auriez vous l’amabilité de m’indiquer si parmi votre personnel, vous avez des gens de confession autre que chrétienne", demande un policier de la sous-direction de l’information générale (SDIG) qui compte à Lyon 19 fonctionnaires, administratifs et encadrement compris.

"Une initiative individuelle d’un fonctionnaire de police qui n’a ni pris conseil ni reçu d’instruction", a déclaré jeudi après-midi, la mine grave, Jacques Signourel, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) du Rhône, dont dépend le SDIG depuis la refonte des services de renseignements, cet été.

Le patron de la police lyonnaise a fidèlement relayé la position du ministère de l’Intérieur. En substance : le mail est "inadmissible", une enquête interne est diligentée, des sanctions seront rapidement prises. En revanche, aucune explication n’a été donnée sur le contexte qui entoure cette fameuse demande adressée au conseil régional. "Le SDIG est chargé d’informer les autorités de l’Etat sur les domaines économiques, sociaux, dans ce cadre il procède à des études" s’est limité à dire le patron de la police lyonnaise.

Parmi les policiers de base, tout le monde reconnaît "une erreur", voire "une faute professionnelle" dans la formulation écrite d’une telle demande. Quand à savoir s’il faut tout mettre sur le dos d’un fonctionnaire isolé, la réalité est plus complexe.

Une note officielle, signée du directeur de cabinet du préfet délégué à la sécurité du Rhône, est titrée "Islam radical". Elle est datée du 26 septembre, dix jours après le mail qui fait polémique. Mais elle confirme le contenu d’une réunion qui remonte au 8 septembre.

On comprend que ce jour là, la préfecture a donné la consigne aux services départementaux de police et de gendarmerie de mener une enquête sur l’évolution du "prosélytisme religieux". Plus précisément, la note évoque une "inquiétude" des élus face à une montée présumée du "communautarisme musulman". Et le document exige un retour "pour la fin du mois".

Cette consigne a été relayée auprès des services concernés, ce qui a déclenché des investigations auprès de nombreux organismes et collectivités. Au sein du SDIG, le fonctionnaire chargé des agents territoriaux a démarché le conseil régional, à sa manière maladroite, en évoquant de façon déformée une demande en provenance de "l’association des maires de France".

"ON NOUS POUSSE À LA CULTURE DU RÉSULTAT"

La polémique a déclenché une forte tempête dans les rangs de la police, à un moment délicat où les Renseignements généraux doivent se fondre dans une nouvelle structure. "C’est un épisode malheureux, il voulait bien faire, il n’a pas pris la portée de ce qu’il faisait sur un sujet aussi sensible", estime un ancien des RG d’un département voisin. "On n’a jamais eu de notes sur tout et n’importe quoi", dit un autre policier lyonnais.

Le syndicat UNSA police (majoritaire) est monté au créneau. "Le policier n’a pas fait cette étude sur sa propre initiative, il a fait une erreur sur la forme mais sur le fond on nous pousse à la culture du résultat, on souhaite une enquête impartiale, il ne serait pas normal qu’il paie seul l’addition", estime Thierry Clair, secrétaire régional de l’UNSA.

Jeudi soir, dans un communiqué, le Cercle des décideurs musulmans de Lyon condamnait "avec la plus grande fermeté une initiative discriminatoire totalement illégale, contraire aux valeurs républicaines et au principe de laïcité". Il appelait à ce qu’ "un terme définitif" soit mis à "de telles dérives" en réclamant des sanctions.

Les signataires de ce texte au premier rang desquels figurent Azzedine Gaci, président du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes, demandent par ailleurs à être reçus par le président de la République.


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