lundi 11 décembre 2017

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Le partenaire chinois de Skype archive les messages sensibles

Julie Desné, le Figaro

samedi 4 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’opérateur de téléphonie en ligne, Skype-TOM a reconnu vendredi avoir placé des filtres pour déceler le moindre message compromettant.

La république populaire ne relâche pas la pression. Après Yahoo ! et Google, l’opérateur de téléphonie en ligne Skype se plie, lui aussi, aux exigences des censeurs chinois. Son partenaire TOM Online, un des premiers portails chinois, a reconnu vendredi archiver tous les messages qualifiés de « politiquement sensibles ». Selon une enquête menée par un chercheur du laboratoire Citizen Lab, hébergé par l’université de Toronto, des filtres ont été placés par Skype-TOM pour déceler le moindre message compromettant et l’archiver. « Falungong », « indépendance de Taïwan » ou « lait en poudre » : autant de mots qui déclenchent l’alerte. Le chercheur canadien Nart Villeneuve affirme avoir eu accès à plus d’un million de messages via un des huit serveurs de Skype Chine.

TOM Online, propriété du milliardaire hongkongais Lee Ka-shing, a justifié sa démarche par le respect de la règlementation chi-noise. De son côté, l’opérateur suédois reconnaît avoir accepté la mise en place de filtres dès le lancement de sa branche chinoise en 2006, mais assure ne pas être au courant du stockage des données. Citizen Lab n’a pas pu déterminer quelles informations avaient été transmises au gouvernement, mais elles sont, de fait, à la disposition du parti. « Il est de notoriété publique que la censure existe en Chine », estimait vendredi John Silverman, président de Skype. L’opérateur de téléphonie en ligne n’est pas le premier à se faire épingler par les défenseurs des droits de l’homme. Google et Yahoo ! avaient aussi été critiqués pour s’être pliés à ces règles de compromission.

Pékin craint l’embrasement

En 2005, le journaliste Shi Tao a été condamné à dix ans de prison pour avoir diffusé depuis son adresse Yahoo ! une circulaire du département de la propagande sommant les journaux chinois de ne pas mentionner l’anniversaire de la répression de Tiananmen.

Alors que la presse est encore verrouillée et la moindre manifestation interdite, l’Internet est le seul moyen dont disposent les citoyens chinois pour se faire entendre. Seulement Pékin craint que ses quelque 260 millions d’internautes ne s’embrasent. La complicité des opérateurs est sans doute l’un des moyens les plus efficaces pour surveiller les échanges. Les premiers sites chinois s’appellent Sina, Sohu ou Baidu, quand les étrangers comme Google ou Yahoo ! sont prêts à tous les sacrifices pour se faire une petite place sur ce marché monstre. Pékin se charge ensuite de bloquer les sites les plus gênants, comme la version chinoise de BBC News. Les cybercafés, d’où partent un tiers des connexions, n’échappent pas non plus à cette étroite surveillance. Une pièce d’identité est réclamée systématiquement à l’entrée. La police poursuit sans relâche les cyberdissidents, dont cinquante sont aujourd’hui derrière les barreaux faisant de la Chine la première prison du monde en la matière, selon Reporters sans frontières.


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