lundi 18 décembre 2017

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Nicolas Sarkozy place un fidèle à la tête de la DGSE

Gérard Davet et Laurent Zecchini, le Monde

mardi 7 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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Avec le remplacement, à la tête de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), de Pierre Brochand par Erard Corbin de Mangoux, actuel conseiller présidentiel pour les affaires intérieures, s’achève la réorganisation du renseignement français commencée au début de l’été.

Souhaitée par Nicolas Sarkozy, suggérée dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui a mis l’accent sur la fonction "connaissance et anticipation" (le renseignement), cette réforme s’est concrétisée avec la nomination de Bernard Bajolet au poste de coordonnateur national du renseignement. Début juillet, la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a été créée et confiée à Bernard Squarcini. Le général Benoît Puga a pris la tête de la direction du renseignement militaire (DRM) et le général Didier Bolelli est devenu le patron de la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD).

Restait la DGSE, dirigée depuis juillet 2002 par un proche de Jacques Chirac, Pierre Brochand, 67 ans. Ce diplomate de carrière (comme M. Bajolet) devait quitter ses fonctions en juillet 2009, au terme de l’un des plus longs mandats de directeur des services secrets français. Son départ ne semble pas lié à une quelconque mésentente avec M. Sarkozy. "Le président n’a eu qu’à se louer des services de Pierre Brochand, pour lequel il a beaucoup d’estime", nous indique Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée. "Une nouvelle mission devrait d’ailleurs lui être confiée. Mais une nouvelle organisation s’est mise en place, nous avons préféré hâter le mouvement", ajoute-t-il.

Le choix d’Erard Corbin de Mangoux, dont la nomination devait être entérinée au conseil des ministres de mardi, est d’abord celui d’un fidèle de Nicolas Sarkozy. Agé de 55 ans, ce préfet a fait une partie de sa carrière dans les Hauts-de-Seine, département dont le conseil général a été présidé par M. Sarkozy. "Le président le connaît depuis longtemps, déclare M. Guéant. Il suivait les questions de renseignement à l’Elysée avant l’arrivée de M. Bajolet, il est aguerri, a montré des talents de négociateur. Et il a une bonne expérience du monde policier." Une demi-douzaine de noms circulaient pour succéder à M. Brochand, notamment ceux de plusieurs généraux, mais le chef de l’Etat ne souhaitait pas confier ce poste à un militaire.

VERS LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE

Ce choix correspond à la volonté de M. Sarkozy de réorienter le renseignement vers la sécurité intérieure et de s’entourer de proches. "Il est normal que le président s’entoure de gens compétents, qu’il a eu l’occasion d’apprécier", relève M. Guéant.

Sous la houlette de M. Brochand, la DGSE s’est modernisée (accent mis sur le renseignement technique) et a gagné en visibilité. Son rôle a été important dans la libération des otages français en Irak et en Afghanistan et lors de celle des équipages des voiliers de croisière Le Ponant et Carré-d’as, capturés par des pirates au large des côtes de Somalie. Le crédit du boulevard Mortier (siège de la DGSE) s’est renforcé ces dernières années.

M. Corbin de Mangoux va devoir établir un modus vivendi avec M. Bajolet, qui bénéficie aussi de la confiance du chef de l’Etat et dont la fonction est de coordonner tous les services de renseignement. Or le début des relations entre M. Bajolet et le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, qui a autorité sur la DRM, a été rugueux. Lors de la récente université d’été de la défense, le second avait tenu à marquer son territoire. "Je n’ai pas attendu le Livre blanc pour faire du renseignement", avait-il souligné en présence de M. Bajolet.


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