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Les "chatrooms" bientôt équipiers de la CIA à leur insu

CNET News.com

samedi 27 novembre 2004, sélectionné par Spyworld

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La CIA et la National Science Foundation cofinancent des projets de recherche appliquée à l’informatique et aux réseaux. L’un d’entre eux va installer un système d’écoute des salons de dialogue en direct (IRC), afin d’y repérer d’éventuels terroristes.

WASHINGTON - Des chercheurs universitaires vont procéder dès janvier 2005 à des écoutes dans des chatrooms, ou salons de discussion, dans le cadre d’un projet géré par la CIA (Central Intelligence Agency)et l’organisme de recherche fédéral NSF (National Science Foundation). Les deux structures financent conjointement l’opération, qui vise à automatiser la surveillance et à établir des profils des comportements des utilisateurs de ces chatrooms.

Il a été soumis par Bulent Yener et Mukkai Krishnamoorthy, deux professeurs d’informatique et chercheurs du Rensselaer Polytechnic Institute basé à Troy (État de New York). Ils proposent de « déployer un système dans les coulisses de chaque chatroom, qui suivra ce qui s’y passe... Ce système pourrait aider la communauté du renseignement à découvrir, sans requérir d’intervention humaine, des groupes cachés et des échanges de communication dans les salons de discussion ».

Les chercheurs se sont notamment engagés à écrire un programme permettant « d’écouter en silence » les communications transitant via les canaux d’IRC (Internet Relay Chat) et d’« enregistrer tous les messages échangés ». Les IRC, serveurs de dialogue en direct, constituent l’ossature des chatrooms ; l’un des plus vieux systèmes de dialogue en direct, qui attire des centaines de milliers d’utilisateurs chaque jour.

La CIA compte sur l’aide des technologies

À travers ce projet, le but de la CIA est d’identifier d’éventuels terroristes, comme le révèlent des documents obtenus par l’Epic (Electronic Privacy Information Center), une organisation de défense de la vie privée et des libertés publiques. Pour les consulter, elle a invoqué la loi Freedom of Information Act (FOIA) ; CNET News.com a également pu les parcourir. On y apprend que la CIA a ainsi accepté de financer plusieurs projets de recherche censés lui apporter « de nouveaux moyens de lutter contre le terrorisme en utilisant des technologies de pointe » au lendemain du 11 septembre.

La National Science Foundation et l’agence de renseignement américaine sont associées depuis 2003 dans ce programme, qui a reçu pas moins de 250 propositions de projets. Toutefois, le directeur de programme de la NSF, Leland Jameson, pense que le contrat de deux ans ne sera pas renouvelé pour l’année 2005. « Nous ne travaillerons sans doute plus du tout avec la CIA », a-t-il indiqué. « Je pense qu’ils sont passés à autre chose ».

L’implication de la CIA reste cependant inquiétante aux yeux du directeur de l’Epic, Marc Rotenberg. « La communauté des renseignements modifie les priorités de la recherche scientifique aux États-Unis », proteste-t-il. « Il faut veiller à ce que la National Science Foundation ne devienne pas la "National Spy Foundation" (spy signifie "espion" en anglais) ».

Contacté, un représentant de la CIA n’a pas souhaité répondre à nos questions, affirmant que l’agence ne parle jamais des questions de financements. Même refus de la part des deux chercheurs, Bulent Yener et Mukkai Krishnamoorthy, qui ont rejeté les demandes d’interviews. Leur projet, doté d’un budget de 157.673 dollars, doit démarrer le 1er janvier prochain. Mais ils n’indiquent pas quels serveurs d’IRC seront surveillés.


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