mercredi 13 décembre 2017

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L’espace et ses enjeux

Armée de l’Air, Ministère de la Défense

mardi 11 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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Un fantastique moyen de recueil, d’analyse et de distribution de l’information à échelle planétaire : c’est en ces termes que l’espace trouve sa justification dans la mise en œuvre d’un programme militaire d’envergure. En tant que zone de libre circulation, il joue d’ores et déjà un rôle majeur dans la maîtrise de l’information ainsi que l’analyse, le suivi et la gestion des crises. Explications.

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En seulement 40 ans, la conquête de l’espace a connu une évolution fulgurante qui tend à prouver l’intérêt éminemment stratégique qu’elle revêt pour les grandes puissances mondiales.

De fait, l’accès au domaine spatial représente un enjeu important pour chaque nation désireuse de préserver sa souveraineté. L’Europe sur ce point (et la France en particulier) s’est préoccupée très tôt de cet aspect, en développant notamment les lanceurs Ariane à Kourou. D’autres pays sont en voie d’acquérir ce précieux accès à l’espace. Aujourd’hui, les États détenteurs de cet accès à l’espace sont peu nombreux. Parmi eux, l’Europe, la Russie, la Chine, les USA et les pays émergents dans le domaine spatial tels que l’Inde et le Japon.

Deuxième point crucial dans cette course à l’espace, être capable de fabriquer des satellites. Sur ce point, la difficulté majeure tient au coût que tout programme spatial engendre inévitablement du fait du développement de technologies nouvelles et ensuite de la fabrication de ses composants. Une fois le satellite mis en œuvre, il faut prévoir un système d’exploitation et des segments-sol associés (NDLR : des cellules de réception des images). Face à des projets si ambitieux, seuls les grands pays tels que les États-Unis ont la capacité de mener à bien cette entreprise en parfaite autonomie. Les États membres de l’Europe ont ainsi fait le choix de s’associer. " Un pays comme la France ne peut se doter d’un panel exhaustif de capacités spatiales, explique le capitaine de frégate Bernard Cervoni, adjoint au chef de bureau Espace à l’EMA. C’est pour des raisons qui tiennent aux contraintes budgétaires et non technologiques que nous avons dû, sur le plan militaire, nous recentrer sur des capacités vitales stratégiques telles que les télécommunications et l’observation. Il nous a fallu renoncer au développement de certaines capacités spatiales. "

À l’heure actuelle, le développement des projets militaires spatiaux englobe principalement les télécommunications, l’observation et dans une moindre mesure le renseignement d’origine électromagnétique, à savoir l’Elint (1) et le Comint (2).

" La France développe en ce moment des démonstrateurs dans ce domaine-là, mais ils n’offrent pas encore de capacités opérationnelles. De fait, nous ne disposons pas encore de possibilité d’écoute à proprement parler. " Sous le nom de projet Essaim, quatre mini- satellites d’écoute communs seront ainsi mis en œuvre.

Une autre capacité primordiale concerne la surveillance de l’espace. " Il est fondamental de savoir ce qui gravite autour de la Terre. Cela implique la surveillance des satellites pour prévenir d’éventuelles menaces, mais aussi des débris, afin d’anticiper de possibles retombées atmosphériques. " C’est notamment la fonction du système GRAVES (cf. article p.41), qui est un radar expérimental. Il permet de détecter ce qui circule, en orbite autour de la Terre.

Une des préoccupations majeures du programme militaire spatial est la radio navigation par satellite. Pour le moment, deux systèmes sont opérationnels : le GLONASS (Global Navigation Satellite System) russe, et plus encore le GPS (Global Positioning System) américain dont l’Europe utilise largement les performances. " La radionavigation par satellite prend de plus en plus d’importance dans les applications vitales au fonctionnement de la société. Les militaires en font une forte utilisation et ce à faible coût pour des systèmes très précis de plus en plus miniaturisés et souvent embarqués au cœur des systèmes d’armes. Cette utilisation permet notamment de synchroniser les réseaux de communication ou de minimiser le nombre de munitions nécessaires pour neutraliser un objectif et atteindre la cible. "

C’est dire la dimension stratégique que revêt désormais la radionavigation par satellite. Celui qui contrôle un tel système possède une influence déterminante sur ceux qui l’utilisent. C’est ce qui motive l’intérêt de l’Europe pour le développement du système Galileo.

" Le GPS comme le GLONASS sont contrôlés entièrement par des pays tiers. Cela implique une dépendance stratégique potentiellement dangereuse. Si l’Europe veut préserver sa puissance souveraine et indépendante, il lui faut se doter en propre d’un système de radio navigation par satellite. " Cette ambition se double d’une responsabilité qui touche à la sécurité nationale. La radionavigation par satellite est par essence un système proliférant puisqu’il distribue des informations accessibles à un grand nombre de civils et de militaires. Il faut de fait pouvoir conserver la possibilité de dénier l’utilisation de certaines informations à des personnes mal intentionnées tout en garantissant une continuité d’utilisation pour les institutionnels comme les armées, la police, la sécurité civile. " Parallèlement aux signaux des services grand public, il faut veiller à conserver des signaux sécurisés, à accès contrôlé. Ils sont alors cryptés et localisés dans des bandes de fréquence séparées de celles qui distribuent les signaux grand public. À la demande et en cas de besoin, on peut ainsi brouiller localement les services grand public sans perturber les signaux cryptés à accès contrôlés institutionnels. "

Contrairement au GPS qui est entièrement contrôlé par les militaires américains, Galileo est un système civil dont le contrôle appartient à la sphère politique. Il sera doté d’un contrôle politique opérationnel qui se rapproche d’un fonctionnement militaire afin d’éviter une collégialité qui pourrait nuire à son efficacité.

" Le système Galileo représente un enjeu essentiel pour l’Europe. Mais pour qu’il soit crédible et viable, il faut qu’il soit sécurisé. Cela impose un signal sécurisé de haut niveau, le PRS et un contrôle efficace de ce service sécurisé (cf. encadré). "

La France utilisera Galileo sans renoncer au GPS militaire. Deux systèmes de radionavigation valent mieux qu’un.

Le ministère de la Défense est très impliqué dans ce programme. " Nous sommes peut-être plus que d’autres des experts dans le domaine de la sécurité nationale, souligne le capitaine de frégate. C’est pour cette raison que nous participons activement à la réflexion sur cette sécurisation, et nous fournissons une expertise au SGDN (secrétariat général de la Défense nationale) qui est chargé de la sécurisation au niveau français. Il dépend du Premier ministre. "

Un autre point important du développement d’un programme spatial militaire concerne l’alerte avancée. Elle permet de détecter le lancement d’un missile balistique. Pouvoir le poursuivre suffisamment longtemps pour prédire sa trajectoire et donc le point d’impact reste un élément fondamental de la défense nationale. Forts de ces informations, on peut faire intervenir si besoin les systèmes d’interception. " Pendant la première guerre du Golfe, le système Patriot (3) s’est révélé assez efficace. À l’époque, la prévision était faite par des Awacs. Mais quand le missile atteint une altitude trop élevée, les Awacs n’ont plus la capacité de le suivre. Avec un satellite, ce suivi est possible. " L’alerte avancée permettrait de combler ce manque. À l’heure actuelle, il n’existe dans les pays de l’Union européenne que peu de satellites susceptibles d’assurer cette fonction. Là encore se joue un des enjeux de la conquête spatiale. Aujourd’hui, la France ne dispose pas encore des capacités techniques pour mettre en œuvre ce programme. Le développement technologique et industriel d’une telle capacité implique évidemment un coût important imposé par les recherches, le développement, l’industrialisation, le lancement et la mise en œuvre d’un tel système. Une fois encore une coopération dans un cadre européen trouve sa justification.

(1) Elint : écoute radar ; renseignements d’origine

électromagnétique radar.

(2) Comint : exploitation de bandes radio visant à intercepter

et connaître le contenu de ces émissions.

(3) Patriot : système de défense anti-aérienne avec capacité

anti-missile de théâtre.


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