samedi 20 décembre 2014

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Plongée au cœur des secrets du GIGN

Christophe Cornevin, le Figaro

samedi 11 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’unité d’élite de la gendarmerie nationale est passée en un an de 120 à 380 hommes. Ses experts en prospective travaillent sur les scénarios les plus noirs.

L’arsenal de 85 gros calibres découvert la semaine dernière au fin fond du Gard aurait pu équiper n’importe quel gang du grand banditisme versé dans l’attaque de fourgons blindés. Au total, cinq mitrailleuses lourdes, un lance-roquettes, 45 fusils-mitrailleurs et 20 000 cartouches ont été saisis lors d’une transaction sur le rond-point d’un village. Trois malfrats, dont un ancien pilote de ligne, ont été maîtrisés sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré. Ce récent coup d’éclat porte la marque du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Quarante de ses supergendarmes, pour certains assez chevelus et travaillant en civil, y ont participé.

Depuis un an, l’unité d’élite s’est métamorphosée en silence, passant de 120 à 380 hommes. Ce triplement historique de ces effectifs a été rendu possible grâce au renfort d’une trentaine de gendarmes du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et des 150 hommes de l’escadron parachutiste d’intervention. Sur le papier, ce curieux amalgame entre gardes du corps surentraînés, paras aguerris et experts en intervention aurait pu sonner comme le mariage de la carpe et du lapin. Pour faire « sauter les cloisons », « créer un nouvel esprit de corps », les caciques de la maréchaussée ont donc décidé de placer pour la première fois un général à la tête du nouveau GIGN grand format. Le nom de Denis Favier, 49 ans, s’est imposé. Ancien supergendarme, ce professionnel incontesté mena lui-même l’assaut de l’Airbus A 300 d’Air France à l’aéroport de Marseille-Marignane, sauvant la vie de 173 otages d’un commando islamiste du GIA au lendemain de Noël 1994.

Installé dans ses bureaux spartiates du camp de Satory (Yvelines), le grand « patron » du GIGN dévoile en exclusivité pour Le Figaro le premier bilan de sa nouvelle unité. Un an après sa montée en puissance, le GIGN a accompli quelque 300 missions ponctuées par 87 interpellations. Outre 32 interventions pour cueillir de gros caïds et parrains présumés à l’heure du laitier, les militaires en cagoules ont été engagés sur treize affaires de forcenés, cinq prises d’otages, dont celle des passagers du Ponant en avril dernier, des interceptions de convois rapides de drogue ou encore quinze missions d’entraînement Air Marshall visant à sécuriser moyens et longs courriers.

Né après « Septembre noir » aux JO de Munich

« Nous donnons le coup de rein que les services classiques ne peuvent donner », résume un officier en évoquant les moyens ultrasophistiqués mis à la disposition de ses hommes. Téléobjectifs portant à plusieurs centaines de mètres, caméras thermiques, balises de géolocalisation de voitures et d’aéronefs, fusils de très haute précision ou encore caméras chirurgicales se glissant sous les portes : l’invraisemblable panoplie de moyens dits « spéciaux » est digne des gadgets exubérants imaginés par Ian Fleming pour son agent 007. Depuis septembre 2007, le « GI » a effectué 88 poses de mouchards sonores, vidéo et satellites notamment dans le cadre de la loi Perben II.

Il est loin le temps du groupe, créé autour de Christian Prouteau en 1974, deux ans après la sanglante prise d’otages des athlètes israéliens par les terroristes palestiniens de « Septembre noir » aux JO de Munich, et composé de quarante volontaires équipés d’une casquette et d’une gourde. Le commando a vite fait ses preuves lors de la libération d’enfants retenus dans un autocar en plein désert, à la frontière somalienne. Jusqu’à ce que son étoile s’obscurcisse lors de la libération des otages dans la Grande Mosquée de La Mecque. L’opération, menée aux gaz asphyxiants et pilotée par un capitaine nommé Barril avec quatre de ses hommes convertis à l’islam, s’est soldée par 135 morts et 65 rebelles décapités. Trois ans plus tard, le même capitaine Barril, membre de la sulfureuse « cellule élyséenne » de François Mitterrand, se retrouve au cœur du scandale des « Irlandais de Vincennes ».

Depuis lors, le « GI » s’est professionnalisé et a été repris en main par la hiérarchie. Et son imagination, en matière opérationnelle, paraît sans limite : ainsi, les équipes cynophiles, qui ont encore effectué soixante missions ces douze derniers mois, dressent dans la plus grande discrétion leurs chiens - tous des malinois - à intervenir par guidage laser sur leurs cibles. « En se frottant tous les jours à des individus dangereux ou à la pègre lors de ces missions de moyenne intensité, nous travaillons notre adrénaline, décrypte le général Favier. Ces conditions réelles d’engagement nous préparent à une crise majeure et à agir au plus haut du spectre de la menace. C’est-à-dire lors d’une attaque qui déstabiliserait l’État, devenu par exemple la cible d’un chantage. »

Tandis que trois officiers experts en prospective au GIGN anticipent les scénarios les plus noirs, les groupes de terrain multiplient de leur côté les exercices « POM », concernant les prises d’otages massives. Après la tragédie de l’école de Beslan en Ossétie du Nord en septembre 2004 (331 morts) ou celle du théâtre de Moscou en octobre 2002 (117 morts), les stratèges français ont compris qu’il fallait s’adapter à de tels scénarios catastrophes.

Première force de contre-terrorisme en Europe, le GIGN œuvre donc sur tous les fronts et s’entraîne parfois avec les policiers du Raid pour parer une attaque d’ampleur comme celle qui viserait par exemple plusieurs centaines de « VIP » au Stade de France. Alors que les « air marshall » s’entraînent dans un tronçon de cabine Air France plus vrai que nature reconstitué dans leur camp retranché, une récente simulation visait à prendre d’assaut un TVG Marseille-Paris, selon qu’il avançait au pas ou fonçait sur la gare de Lyon.

Selon nos informations, le GIGN a aussi mené en novembre dernier un exercice lourd supposant que la centrale de Cattenom en Moselle était tenue par des fanatiques ayant disposé des explosifs près du cœur du réacteur. Un exercice similaire, nécessitant l’appui d’hélicoptères, sera programmé dans le Sud-Est le mois prochain. « Un PC opérationnel mobile doté d’écrans d’ordinateurs et une main courante informatisée nous permettent de suivre à chaque minute le déroulement de la crise et la position de nos adversaires, explique le général Favier. Nous apportons donc des réponses fiables aux politiques à qui appartient la décision d’intervenir. »

Menace islamiste oblige, le contre-terrorisme est d’une telle actualité que 34 unités européennes d’élite, dont le GSG9 allemand, le groupe Kobra autrichien ou encore le groupe Diane belge, viennent de participer, à Paris, à un sommet confidentiel baptisé « Atlas ». « Pour protéger nos concitoyens contre la violence aveugle, il est vital de disposer de ces unités spécialisées à travers l’Europe, a martelé Michèle Alliot-Marie. Des exercices communs entre le GIGN et le Raid permettent de renforcer notre capacité à affronter les actions hostiles les plus redoutables. » Sans publicité aucune, les deux unités ont ainsi libéré en avril dernier un ingénieur puis un agriculteur français enlevés par des groupes armés respectivement en Haïti et en Colombie.

Protéger les palais de la République

Outre des blindés et des Chevrolet de 430 chevaux, le GIGN dispose en cas de besoin d’hélicoptères Puma des armées et d’une cinquantaine de tenues de protection nucléaire, bactériologique et chimique pour mener des assauts en milieu contaminé. Chasuble israélienne, bottes en fourrure type « grand froid » ou encore hamac de jungle complètent la panoplie. En outre, un étourdissant arsenal de 2 000 calibres de toute nature ayant permis aux 280 supergendarmes de tirer à eux seuls quelque 800 000 cartouches l’année dernière. Soit environ 25 % de la dotation en munitions de toute la gendarmerie ! « S’appuyant sur des procédures communes, les spécialistes de l’observation et ceux de l’intervention agissent sous la responsabilité d’un même chef, se félicite le général Favier. Dans sa nouvelle forme, le GIGN exclut toute déperdition d’information. »

Considérée comme l’une des unités les plus adulées et les plus craintes, des plus jalousées et des plus courtisées, l’une aussi des plus opaques et des plus médiatisées, le GIGN cultive, à son corps défendant, l’art du paradoxe autant que le goût du superlatif. Son prestige le mène à effectuer de discrets audits sur plusieurs mois visant à moderniser la protection des plus grands palais de la République. Selon nos informations, le GIGN vient ainsi de passer au crible la sécurité de l’Assemblée nationale, du Sénat et de la galerie Saint-Éloi, où sont installés les juges parisiens du pôle antiterroriste. À la nuit tombée, les supergendarmes éprouvent parfois la fiabilité de certains systèmes anti-intrusions avant de préconiser certains remèdes.

Concentrés sur les missions de protection, ces professionnels assurent la sécurité rapprochée du chef d’état-major des armées, de Jacques Chirac ou encore des rugbymen de la Coupe du monde. À l’étranger, ils sont aussi projetés autour d’ambassades très exposées, comme ce fut le cas aux Comores ou en Bolivie. Aujourd’hui, un détachement veille en Irak sur la vie de nos diplomates. Un engagement jusqu’à l’extrême.

Depuis sa montée en puissance, le GIGN a accompli quelque 300 missions ponctuées par 87 interpellations. Ici, les militaires en cagoule escortent Antonio Ferrara au Palais de justice, en juin 2006. Crédits photo : Le Figaro


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