dimanche 22 octobre 2017

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La réforme du renseignement français est terminée ou presque

Jean Guisnel, Le Point.fr

lundi 13 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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Voulu par Nicolas Sarkozy, le nouveau dispositif du renseignement français a pratiquement terminé sa mise en place. Clé de voûte du système, le nouveau coordonnateur national du renseignement, l’ambassadeur Bernard Bajolet, est en place depuis le 8 septembre dernier. Tous les chefs de service de renseignement ont désormais été remplacés : Bernard Squarcini dirige la DCRI issue de la fusion de la DST et des renseignements généraux. Benoit Puga a succédé à Michel Masson à la tête de la Direction du renseignement militaire. Le général Didier Bolelli a remplacé Denis Serpollet à la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense). Et dernière opération en date, Pierre Brochand cède son poste à Erard Corbin de Mangou.

On l’a compris : l’homme fort de ce dispositif est Bernard Bajolet. Dans une fonction différente, mais proche des principes que Bajolet est désormais chargé de mettre en oeuvre, le secrétaire général de la Défense nationale, Francis Delon, fait figure de dernier des Mohicans, ultime vestige des services de renseignement de l’ère chiraquienne. Peut-être serait-il sage qu’il commence à emballer ses petites affaires ? On sait peu de choses des intentions de Bernard Bajolet si ce n’est ce qu’il en a dit au Monde , le 27 août dernier . Ce quotidien a également reçu quelques extraits de sa lettre de mission , officiellement datée du 23 juillet. Nous publions aujourd’hui l’intégralité de ce texte, ressaisi par nos soins. (lire la lettre )

Sous l’autorité de Claude Guéant

Cette lettre nous apprend que la première des "conditions" de l’exercice de sa fonction par l’ambassadeur Bajolet est d’être placé "sous l’autorité" du secrétaire général Claude Guéant. Il travaille "en étroite liaison" avec le conseiller diplomatique Jean-David Lévitte et le chef d’état-major particulier, l’amiral Édouard Guillaud. À ce propos, on peut remarquer que le coordonnateur s’installe actuellement dans les bureaux situés au-dessus de ceux de l’amiral, et que les deux équipes ont la même structure, et le même nombre de collaborateurs : quatre, portés à une douzaine avec les secrétaires et les chauffeurs.

Les quatre collaborateurs de Bernard Bajolet sont Christophe Gomard, un colonel de cavalerie, ancien chef de corps du 13e régiment de dragons parachutistes, passé par la DRM ; Pierre Lieutaud, ancien légionnaire parachutiste (2e REP), ancien du 11e Choc, régiment du service action de la DGSE, ancien de la direction des renseignements généraux, et futur directeur de la DGSE, si saint Michel, patron des parachutistes, s’occupe un peu de lui ; le troisième homme est Nacer Meddah, préfet et ancien conseiller à la Cour des comptes ; le quatrième collaborateur de Bernard Bajolet, Denis Carabin, est encore un ancien de la DGSE, passé pour sa part par les services techniques, ou "grandes oreilles".

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Bajolet, la sentinelle

Alors que le général Jean-Louis Georgelin contestait il y a peu la nouvelle organisation , la lettre de mission est extrêmement claire sur la nature des relations entre Bajolet et les services, à tout le moins selon Nicolas Sarkozy : "Point d’entrée auprès de moi des services de renseignement relevant des ministres chargés de la Sécurité intérieure, de la Défense, de l’Économie et du Budget, vous coordonnerez et orienterez leur action." Il est donc explicite que la direction du renseignement militaire passera comme les autres par Bajolet, et non par Georgelin, pour connaître les orientations décidées par l’Élysée.

Les instructions présidentielles dessinent donc à gros traits, quitte à ce que la pratique le redéfinisse, le rôle de celui que les Américains appelleraient le "tsar" du renseignement français. Il définira et hiérarchisera les priorités de recherche, et arbitrera les relations avec les services étrangers. Il présidera les comités techniques d’investissement. Il réunira autour de lui les chefs des services, et vérifiera que les besoins de l’État sont couverts et que l’information circule. Les chefs de service passeront par lui pour faire connaître au chef de l’État les informations qu’ils jugent utiles.

Point important : Bernard Bajolet devra travailler à la définition de nouvelles règles juridiques pour éviter, ce que la lettre ne précise pas, que les nombreuses perquisitions judiciaires dans les services perdurent.

Encore plus fort : le coordonnateur sera consulté sur la nomination des chefs de service, et sur la répartition des fonds spéciaux.

Nicolas Sarkozy aurait pu conclure sa lettre par un "c’est vous le patron". Mais ce n’est pas nécessaire. Le renseignement français change en profondeur. Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont gravé dans le marbre les limites de leur nouveau territoire en matière d’espionnage et de contre-espionnage, et Bernard Bajolet en est la sentinelle.


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1 Message

  • Force est de reconnaitre que la France pour peut-etre la premiére fois de son histoire a UN PATRON et pas un inaugurateur de chrysanthéme. Reste maintenant que l’on a compris à quoi servait le renseignement à faire non pas de la compilation d’info, mais de L’INTELLIGENCE au sens que les anglais lui ont donnés. A quand un siége social pour la dgse digne de ce nom ?