dimanche 22 octobre 2017

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L’Intérieur veut faire le ménage dans la « jungle » du renseignement

Da.D. avec F.V, le Parisien

mercredi 15 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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C’EST UN MONDE SECRET et opaque par définition. Mais en quelques mois et en trois affaires marquantes (lire les repères) , l’univers des officines privées de renseignements et des cabinets d’enquêtes spécialisés en intelligence économique a laissé filtrer ses méthodes douteuses. « L’intelligence économique n’est pas un gros mot. Elle est normale et même souhaitable quand il s’agit de récolter des informations sur un investisseur étranger ou pour protéger nos sociétés et nos brevets. Mais, lorsque cela vire à l’espionnage et aux singeries comme dans l’affaire Besancenot, on sort du cadre », lâche un membre des services de renseignements français. C’est justement pour mettre un terme aux « barbouzeries » qui impliquent régulièrement policiers et gendarmes, en activité ou passés dans le privé, que le ministère de l’Intérieur planche depuis plusieurs mois sur une nouvelle législation.

« Il s’agit de professionnaliser ce secteur et de mieux le contrôler aussi », confirmait hier la Place Beauvau qui présentera son dispositif dans les semaines à venir lors du vote de la loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure (Lopsi). Parmi les mesures possibles figure celle d’un meilleur contrôle des fonctionnaires qui « passent » au privé. « Le délai qui interdit par exemple à un policier qui quitte l’administration d’intégrer une structure privée pourrait être rallongé, confirme une source officielle. Ce contrôle sera aussi élargi à d’autres fonctionnaires ayant eu à travailler sur des dossiers sensibles. » On peut citer ainsi l’exemple de cet ancien du cabinet de Jacques Chirac, spécialiste de l’intelligence économique, qui a été recruté par le cabinet Kroll, le géant américain du secteur. « C’est un peu le cas d’école qui pose question », confirme une source au ministère de l’Intérieur.

Créer un agrément

Le but est bien sûr d’éviter le recrutement par des officines de renseignements de ces ex-flics, gendarmes ou hauts fonctionnaires qui utilisent ensuite carnet d’adresses et amitiés dans leur « ancienne maison » pour obtenir des informations confidentielles sur telle ou telle personne dans le but parfois de la déstabiliser. Patrick Baptendier, un ancien enquêteur*, témoigne : « On vérifie les antécédents judiciaires de la personne visée, même si elle a commis trois fois rien, ça peut la déstabiliser. Ensuite, on épluche ses comptes bancaires pour vérifier les mouvements financiers. On peut aussi effectuer une surveillance. Chercher la maîtresse ou l’amant. »

L’Intérieur espère aussi soumettre les sociétés privées de renseignements à une sorte d’agrément. « Pour l’instant, entre les détectives privés et les multinationales de l’intelligence économique, c’est la jungle, assure un expert. Il faut s’assurer que personne ne franchit la ligne jaune. » Une loi réduira-t-elle les risques ? « Certaines sociétés préfèrent aller directement au coffre-fort avec des méthodes illégales plutôt que de prendre plus de temps et de travailler dans les clous », juge Nicolas Moinet, universitaire spécialisé dans l’intelligence économique. « Les barbouzeries ont encore de l’avenir », lance Patrick Baptendier.

* Ancien gendarme, Patrick Baptendier a publié « Allez-y on vous couvre », un ouvrage polémique sur ses activités dans le renseignement privé.


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