mercredi 13 décembre 2017

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La chute de la Mata Hari de Pyongyang

Arnaud de La Grange, le Figaro

jeudi 16 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’espionne nord-coréenne Won Jeong-hwa, qui vient d’être condamnée à cinq ans de prison, avait usé de ses charmes pour soutirer des renseignements « secret-défense » à des officiers de l’armée sud-coréenne.

Sur le dernier front hérité de la guerre froide, l’affaire ne détonne guère. L’espionne nord-coréenne aux charmes vénéneux est tombée mercredi, condamnée à cinq ans de prison par un tribunal de Séoul. L’affaire avait défrayé la chronique, l’été dernier, quand les services sud-coréens avaient annoncé l’arrestation de Won Jeong-hwa et de son beau-père. Une histoire mêlant tous les ingrédients des meilleurs scénarios du genre, la ruse, le kidnapping, le sexe et même la mort.

La Mata Hari de Pyongyang avait usé de ses voluptueux talents auprès d’officiers de l’armée sud-coréenne, leur soutirant par ce fourbe entregent moult renseignements « secret-défense ». Elle les avait séduits dans le cadre de témoignages anticommunistes organisés dans des casernes. Elle y tenait la vedette en sa qualité de « déserteur » du Nord. La jeune femme de 34 ans aurait obtenu une belle collection de photos et de données sur des sites militaires. Mais cet agent très spécial aurait aussi été chargé d’aider à l’enlèvement et au rapatriement de réfugiés nord-coréens passés en Chine, et tentés de vendre leurs informations au Sud. Elle est aussi accusée d’avoir tenté de localiser pour « élimination » un ancien dignitaire nord-coréen de premier rang, Hwang Jang-yop, qui a fait défection au Sud en 1997. Plus folklorique, Won Jeong-hwa aurait aussi reçu pour mission d’assassiner des agents sud-coréens avec des seringues empoisonnées.

« Comédie élimée »

À l’aune de ces sombres menées, la peine de cinq ans peut paraître légère. Mais l’histoire personnelle de l’espionne a des atours tragiques et elle a fait acte de repentance. « Je voulais me rendre, mais je ne pouvais pas parce que j’avais peur pour mes proches restés au Nord », a-t-elle expliqué, en reconnaissant être une espionne. Won Jeong-hwa aurait en effet subi un lavage de cerveau et été obligée d’obéir sous la menace de représailles contre sa famille. Elle aurait été enrôlée par les services secrets de Kim Jong-il en 1998, après une trajectoire chaotique. Après avoir goûté des geôles nordistes pour vol et pour trafic de zinc, elle s’était réfugiée en Chine avant de retourner en Corée du Nord. Sa première mission au Sud daterait de 2001.

Le procureur a souligné qu’il s’agissait de la première grave affaire d’espionnage découverte depuis le sommet historique entre les deux Corées en 2000 et qu’elle pouvait laisser penser que d’autres agents sévissent encore, sous des habits de déserteurs venus du Nord. Depuis les années 1950, quelque 4 500 agents nord-coréens ont été arrêtés, avec parfois de rocambolesques modes d’infiltration, sous-marins de poche ou tunnels creusés sous la frontière. Ce procès intervient dans un contexte de relations refroidies entre les deux pays.

Les autorités de Pyongyang ont pourtant nié que la belle ait appartenu à leurs services, tout en qualifiant le procès sud-coréen de « comédie élimée ». Avec un commentaire peu élégant pour l’ancienne soldate de l’ombre puisque Won Jeong-hwa s’est vu traiter de « rebut du genre humain ». Mais, après tout, c’est bien connu dans le monde des clandestins, « si l’affaire tourne mal, le pays ne vous connaît plus… »

Won Jeong-hwa aurait été enrôlée par les services secrets de Kim Jong-il en 1998 et forcée d’obéir sous la menace de représailles contre sa famille. Crédits photo : Getty Images/AFP


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