samedi 16 décembre 2017

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Journée d’affrontements au Caucase russe

Philippe Peaster, Libération

jeudi 13 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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Le ministère de l’Intérieur, les services secrets, trois commissariats et une caserne ont été assaillis, jeudi matin à Naltchik, dans la république de Kabardino-Balkarie • 12 civils et 12 policiers auraient été tués, ainsi que 20 à 50 combattants, mais pas Chamil Bassaiev, le chef tchétchène •

Des militaires en armes investissant la ville, des habitants en fuite, le ballet des hélicoptères dans le ciel, sur fond d’explosions de grenades et de tirs d’armes automatiques : c’est tout ce que les téléspectateurs russes auront vu des scènes de guerre qui se sont déroulées dans Naltchik jeudi.

Vers 9h00 du matin, de 80 à 100 hommes, selon le vice-procureur général russe, lancent plusieurs attaques simultanées contre trois commissariats, les sièges locaux du ministère de l’intérieur et du FSB (ex KGB) ainsi qu’une armurerie et l’aéroport de Naltchik, la capitale de la république du Caucase russe, à majorité musulmane, de Kabardino-Balkarie. Plusieurs colonnes de fumées noires s’élèvent dans le ciel. La ville est rapidement bouclée par la police. Des voitures sillonnent les rues appelant par haut-parleur les habitants à évacuer le centre ville.

L’école primaire n°5, qui se trouve juste derrière un des commissariats attaqués, doit être évacuée d’urgence. L’irruption des forces de police en uniforme fait croire quelques instants à une réédition de la prise d’otage de Beslan.

Les téléphones mobiles et les transports publics ne fonctionnent plus dans Naltchik. Les frontières administratives de la république sont fermées. Des échanges de tirs fournis résonnent dans la ville. Des renforts fédéraux sont dépêchés. Quelques heures de flottement et il faut attendre la mi-journée pour voir les communiqués officiels annoncer que les attaques ont été repoussées. A la télévision russe, un vice-ministre de l’intérieur, Alexandre Tchekaline, se félicite de la prompte réaction des forces de l’ordre et promet au président Vladimir Poutine : « L’opération de nettoyage de Naltchik sera terminée d’ici une heure ». En fin d’après-midi pourtant, sur le terrain, l’envoyé spécial du Kremlin pour le Caucase, Dimitri Kozak, reconnaît qu’il demeure alors deux poches de résistance. En début de soirée, nouvelle intervention du vice ministre de l’intérieur, qui promet de nouveau la fin des opérations dans la ville pour dans une heure. Il ajoute que les forces de sécurité contrôleront minutieusement les entrées et sorties de Naltchik pendant toute la nuit pour mettre la main sur d’éventuels fuyards.

Toute la journée, les bilans donnent lieu à des déclarations contradictoires : 12 civils et 12 policiers ont été tués ainsi que 20 assaillants, selon le vice procureur général russe, Vladimir Kolesnikov, lui aussi sur place. Mais de Moscou, le ministère de l’intérieur annonce la mort d’une cinquantaine de combattants. Les responsables hospitaliers évoquent un nombre de blessés compris entre 90 et 150.

Le site Internet Kavkaz center, proche des indépendantistes tchétchènes, annonce avoir reçu un bref communiqué revendiquant l’attaque au nom des séparatistes tchétchènes. Selon ce dernier, « des détachements du Front Caucasien, partie intégrante des forces armées de la République tchétchène d’Itchkérie (nom donné par les indépendantistes à la Tchétchénie) dont l’un des détachements de choc est le Jamaat de kabardino-Balkarie Iarmouk sont entrés dans la ville ». De fait, les combattants de Iarmouk ont également été mis en cause par Arsen Kanokov, le président de la Kabardino-Balkarie, qui les a qualifiés « d’extrémistes religieux ».

Selon plusieurs sources officielles citées par les agences russes, quelques heures avant l’assaut des rebelles, à l’aube, les forces de police locales avaient mené une opération dans la banlieue de Naltchik contre une groupe « d’extrémistes ». Plusieurs d’entre eux auraient alors été arrêtés et certains tués. Les combats auraient été ensuite engagés par leur camarades pour les libérer.

Dans les médias russes, toute la journée la rumeur a couru que Chamil Bassaiev, le chef tchétchène, ennemi n°1 du Kremlin, était au nombre des assaillants. Certains le donnaient même pour tué pendant les combats. Une information finalement démentie officiellement jeudi soir.

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