mercredi 13 décembre 2017

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L’armée de Sarkozy change son fusil d’épaule

Jean Guisnel, Letelegramme.com

vendredi 31 octobre 2008, sélectionné par Spyworld

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C’est aujourd’hui qu’est examiné en conseil des ministres le projet de loi de programmation militaire 2009-2014. Avec 185 milliards de dépenses, l’armée de Sarkozy change son fusil d’épaule mais ne s’en tire pas si mal.

Le quinquennat chiraquien avait été budgétairement favorable pour les armées, sans corriger néanmoins les dures conséquences de la précédente période de cohabitation avec Lionel Jospin, qui les avait mises à la portion congrue. Et les militaires pressentaient que la période Sarkozy allait les secouer. Mais le principe qu’a voulu mettre en œuvre le président de la République, à savoir une politique de défense différente, avec moins de monde, a beau avoir effectivement pas mal chahuté le monde militaire, il ne s’en tire pas si mal au plan financier.

De vrais choix

Ce matin, le ministre de la Défense, Hervé Morin, présentera la loi de programmation militaire 2009-2014 au conseil des ministres, qui garantit 101 milliards d’euros pour l’équipement des armées sur les cinq prochaines années. Ce qui permettra d’acheter beaucoup de matériels de plus en plus chers, mais en ayant fait de vrais choix. A travers le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, préparé par une commission d’experts et présenté en juin dernier par le président de la République, ce dernier a, par exemple, imposé à des armées réticentes une nouvelle fonction stratégique intitulée « connaissance et anticipation ». En clair : le renseignement. Dans la loi de programmation militaire, cet axe se traduira par un chiffre fort : le budget consacré par les armées aux équipements liés au renseignement sera doublé, pour passer, chaque année, de 500 millions à un milliard d’euros. De quoi acquérir de nouveaux systèmes d’espionnage spatial, comme Musis pour les images, et Ceres pour les interceptions électro-magnétiques, et même un système d’alerte avancé contre attaques de missiles, opérationnel en... 2019 !

Des carrières toujours attrayantes

Et alors que les effectifs du ministère de la Défense vont être réduits de 54.000 postes budgétaires, le service d’espionnage extérieur, la DGSE, verra ses effectifs augmenter de 700 personnes. Bien sûr, ces choix ont eu des conséquences : la Marine porte le deuil de son second porte-avions, l’Armée de l’air n’aura pas autant de Rafale que prévu, et l’Armée de terre, actuellement assez mal lotie, ne se modernisera pas aussi vite qu’elle le souhaiterait. Mais les carrières militaires vont continuer d’être financièrement attrayantes : malgré les dizaines de milliers de départs, la masse salariale globale augmentera, passant de 16 milliards annuels en 2008 à 18 milliards en 2014. Au final, et pour peu que ces engagements soient respectés, malgré un contexte économique désastreux, l’armée de Nicolas Sarkozy change son fusil d’épaule, mais ne désarme pas.

Revue de détail

La loi de programmation militaire (LPM) met en musique le Livre blanc. Au programme : une vaste réforme des armées et, en contrepartie, de l’argent pour les équipements.

185 milliards d’euros sur six ans. C’est la somme dont va disposer le ministère de la Défense pour la LPM 2009-2014 (en euros constants, valeur 2008).

54.000 emplois supprimés. L’objectif est de réduire la masse salariale. Les coupes se font essentiellement dans le soutien et l’administration générale.

Un pécule pour inciter au départ. Il pourrait représenter 16 à 48 mois de la solde indiciaire, soit un régime plus favorable que celui des fonctionnaires en général. Une partie sera versée quand le militaire s’en ira, l’autre quand il reprendra un travail.

18 milliards d’équipements. Les économies liées à la réforme vont permettre de payer les équipements : 18 milliards d’euros d’ici à 2015.

11 Fremm à l’horizon. Il y aura 11 frégates multimissions, dont deux frégates de Défense aérienne. La première, construite à Lorient, sera livrée en 2012, la deuxième en 2014. Quel en sera le coût ? Le cadencement ? « Cela se discute », souligne le ministre, Hervé Morin. Le salut passe par l’export : s’il y a des contrats, les prix baisseront. Huit Fremm ont été commandées, les trois autres le seront en 2009.

Des Barracuda et des Scalp naval. Les sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda sont confirmés. Le missile de croisière naval Scalp, qui sera tiré des Fremm et des Barracuda, aussi. Une nouvelle commande sera passée dès 2009 de manière à disposer de 200 missiles.

Second porte-avions : pas coulé. La décision de construire un second porte-avions est attendue pour 2011-2012. « On y pense », dit-on dans l’entourage du ministre. La preuve : quelques millions d’euros d’études sont prévus sur six ans.

L’hélicoptère NH90 en attente. 23 exemplaires de cet hélicoptère version terrestre seront livrés à partir de fin 2011. Pour la Marine, ce sera avec la première Fremm. Les Super-Frelon de Lanvéoc, à bout de souffle, ne pourront pas tenir jusque-là ! « On réfléchit à ça », souligne Hervé Morin.

De la souplesse pour DCNS. Un texte va lui permettre de constituer des filiales et d’y affecter des ouvriers d’État. La SNPE est, elle, clairement inscrite sur la liste des sociétés privatisables.

Près de 2 milliards de ventes immobilières. Les cessions immobilières, notamment à Paris, devraient rapporter de 1,5 à 2 milliards d’euros. L’Hôtel de la Marine, rue Royale, n’est pas à vendre mais sera concédé.

280 millions pour le Président. Pour les déplacements de Nicolas Sarkozy, il est prévu d’acheter un Airbus A330 d’occasion et deux Falcon 7 X pour 280 millions d’euros.


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