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Avec le satellite Syracuse IIIA, la France renforce son autonomie stratégique

L. Z., le Monde

vendredi 14 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les militaires français ne cachaient pas leur impatience avant le lancement du satellite Syracuse IIIA. Le tir a eu lieu comme prévu, dans la soirée du jeudi 13 octobre, du centre spatial de Kourou (Guyane) : la fusée Ariane-5 a placé ce satellite de communications militaires sur une orbite géostationnaire, ainsi que le satellite américain de télécommunications Galaxy-15. Pour les armées, la mise en service de Syracuse IIIA (qui sera suivi du lancement de Syracuse IIIB à l’été 2006) va représenter un véritable bond en avant technologique et stratégique.

La multiplication des engagements de la France sur des théâtres d’opérations extérieurs nécessite de pouvoir transmettre à très longue distance des débits élevés de communications pour la conduite de ces opérations. Jusqu’ici, les communications militaires étaient assurées par la constellation de quatre satellites Telecom II, dans le cadre du programme Syracuse II, qui arrive en bout de course et qui est un programme civilo-militaire : la confidentialité des communications des armées ne pouvait donc être assurée à 100 %.

Pour la première fois, la défense va disposer d’un réseau dédié totalement sécurisé, résistant au brouillage et protégé contre la guerre électronique, qui va renforcer l’autonomie stratégique de la France. Syracuse IIIA va apporter à la fois plus de capacité, de souplesse, de service et de disponibilité (des communications sans préavis et sans interruption de service) par rapport à la génération précédente. La demande en matière de communications militaires croît de manière exponentielle et, comme le résume un spécialiste, "aujourd’hui, les tuyaux sont saturés" .

Les militaires français de l’opération "Licorne", en Côte d’Ivoire, mesurent ces limites, même si, pour la première fois, grâce au déploiement de systèmes de communications et d’information sophistiqués, ils disposent d’un champ d’expérimentation unique de cette "Toile" militaire permettant au commandement d’être en relation permanente avec les unités présentes sur le terrain.

Selon l’intensité des opérations, Syracuse-III devrait multiplier par un facteur de 3 à 10 les capacités actuelles des satellites Telecom. Il permettra l’utilisation d’un Intranet militaire et fournira des communications sécurisées par téléphone et par fax, ainsi qu’une plus grande interconnexion de réseaux et une interopérabilité accrue entre armées. Cette nouvelle constellation va en outre élargir la couverture satellitaire de 50 degrés vers l’Est, ce qui signifie que celle-ci s’étendra des Antilles à l’Afghanistan, avec une zone aveugle sur une partie de l’Asie et le Pacifique.

UN MAILLON ESSENTIEL

C’est l’état-major des armées (EMA) qui sera le maître d’oeuvre d’un système dont la vocation, comme l’explique le contre-amiral Guy Poulain, responsable des programmes espace, est de "raccourcir la boucle décisionnelle" . Syracuse-III, explique-t-il, "va contribuer à mettre en place une immense toile d’araignée de systèmes d’information". Cette approche, c’est celle de la "numérisation du champ de bataille" , qui participe à la guerre en réseaux, basée sur une interconnexion de tous les systèmes d’armes et des capteurs engagés dans une crise : Syracuse en est un maillon essentiel, tout comme le satellite d’observation militaire Hélios-IIA, lancé en décembre. Syracuse-III va être complété par la livraison - ­ entre 2006 et 2014 ­ - de 600 stations sol à haut débit de nouvelle génération qui pourront équiper des véhicules blindés, des bâtiments de combat et des sous-marins, voire être transportées par un soldat grâce au "manpack" , un sac à dos de 13 kg.

Ce programme coûte cher (2,6 milliards d’euros avec les stations au sol), tout en permettant à la France d’être au premier rang des nations ayant atteint ce niveau d’autonomie stratégique. En mai 2004, l’Alliance atlantique a opté pour l’offre conjointe des ministères de la défense français, britannique et italien ­ au détriment d’une proposition américaine ­ pour remplacer la constellation actuelle de satellites de télécommunications de l’OTAN. Ce programme, "NATO Satcom V" s’appuie sur les satellites militaires nationaux de ces trois pays : Syracuse, Skynet et Sicral.


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