mardi 12 décembre 2017

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Le Pentagone épingle l’agence chargée du système antimissile

Laurent Zecchini, le Monde

samedi 8 novembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Pour un Parti démocrate qui s’est efforcé ces dernières années de limiter drastiquement le financement de certains projets de l’agence américaine de défense antimissile (MDA), le rapport rédigé par l’Institut des analyses de défense (IDA) à la demande du Pentagone, récemment rendu public, est une aubaine. Ses conclusions tendent à brosser le portrait d’une MDA qui, année après année, est devenue, sinon un bateau ivre, du moins une agence fédérale qui s’est largement affranchie du contrôle du département de la défense.

Cette étude a été rédigée sous la responsabilité du général Larry Welch, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air américaine, aujourd’hui président de l’IDA. Son diagnostic, qui rejoint les nombreuses critiques émises depuis un an par la sous-commission sur les forces stratégiques de la Chambre des représentants, présidée par la démocrate Ellen Tauscher, va donner des arguments à l’administration Barack Obama pour revoir le budget annuel de plus de 10 milliards de dollars de la MDA.

Le président élu avait souligné, en septembre, que les Etats-Unis doivent concentrer leur défense "sur les menaces les plus probables". Il estimait que le plus grand risque nucléaire ne provient pas d’un "Etat-voyou" utilisant des missiles balistiques, mais d’un "terroriste faisant pénétrer un engin nucléaire à travers nos frontières". M. Obama établissait un parallèle entre le budget de la MDA et les ressources insuffisantes consacrées, selon lui, à la sécurisation des matériaux et engins nucléaires à travers le monde.

Avec le soutien de l’ancien secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, la MDA a développé un mode de fonctionnement dit de "développement en spirale" lui permettant de déployer des armements antimissile avant que ceux-ci aient été complètement testés. C’est le cas des sites du bouclier antimissile envisagés en Pologne et en République tchèque, pour lesquels l’administration Bush avait réclamé une somme de 712 millions de dollars cette année, laquelle a été partiellement gelée par la Chambre des représentants. Ainsi, les dix missiles intercepteurs à deux étages qui seraient déployés en Pologne n’ont jamais été testés.

Si les termes employés par le général Welch restent mesurés, ses recommandations sont sans appel : s’agissant des intercepteurs basés en Californie et en Alaska, et ultérieurement en Pologne, "l’équilibre entre des améliorations qualitatives et le déploiement des capacités existantes devrait pencher fortement en faveur des améliorations qualitatives. Sans une telle priorité, les capacités actuelles deviendront obsolètes", souligne le rapport, qui préconise ainsi de facto une suspension du déploiement des intercepteurs.

SANS CONTRÔLE

Avant qu’un système n’entre en phase de production, le directeur des tests opérationnels doit présenter une "estimation opérationnelle" préalable au commandement stratégique américain, celle-ci devant à son tour permettre aux divers commandements militaires d’évaluer l’intérêt de tel ou tel système, est-il souligné. Jusqu’ici, la MDA s’est efforcée, avec succès, d’écarter toute évaluation extérieure.

C’est là la principale critique du général Welch : les programmes de la MDA échappent au contrôle du département de la défense, et cette situation doit cesser. Ainsi, la responsabilité des opérations pour les systèmes déployés doit être transférée "rapidement" aux départements militaires concernés.

"La MDA fonctionne actuellement comme une entité de recherche, de développement, d’évaluation, d’essais, de déploiement et d’opérationalité (des missiles), avec trop peu d’interaction avec les départements militaires qui devront au bout du compte assumer la responsabilité de la mise en oeuvre" de la défense antimissile. La mission de développer et de déployer des défenses contre les missiles de croisière, recommande cette étude, ne doit pas être octroyée à la MDA, laquelle doit redevenir une simple agence de recherche, d’évaluation et de coordination de la défense antimissile. Alors que le général Henry Obering arrive à la fin de son mandat de directeur, ce rapport est une critique sévère de l’autonomie acquise par la MDA.


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