dimanche 22 octobre 2017

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L’ultra-gauche vue par l’ancien patron des RG

France 24

dimanche 16 novembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Les sabotages de la SNCF ont mis en lumière l’existence en France d’une "mouvance ultra-gauche", jusqu’alors peu connue du public. Qu’appelle-t-on l’ultra-gauche ? Réponse de Jean-Pierre Pochon, ancien directeur des Renseignements généraux.

Jean-Pierre Pochon, directeur honoraire de la police nationale, a travaillé au sein des divers services de renseignement français : Renseignements généraux (RG), Direction de la surveillance du territoire (DST), Direction générale de la surveillance extérieure (DGSE). Lorsqu’il a été nommé à la tête de la section antiterroriste des RG à Paris en 1979, il a enquêté sur les membres d’Action directe avant que ces derniers ne soient arrêtés.

France 24 : Qu’est-ce que la mouvance ultra-gauche ?

Jean-Pierre Pochon : Ce que les services de renseignement appellent la "mouvance ultra-gauche" ou "anarcho-autonome", ce sont des groupuscules issus de l’extrême-gauche la plus violente. Mais il faut absolument éviter l’amalgame. Toute l’extrême-gauche n’est pas violente. Cette ultra-gauche est formée de petits groupes minoritaires. Leurs membres sont plutôt jeunes, disons entre 25 et 35 ans.

France 24 : Comment ces groupes sont-ils organisés ?

J.-P. P. : Les anarcho-autonomes refusent toute structure, que ce soit un parti politique ou une organisation syndicale. Ils ont un mode d’organisation de type anarchiste. On estime qu’ils sont entre 200 et 300 personnes en région parisienne. Mais sur la France entière, c’est difficile à dire.

France 24 : Que revendiquent les anarcho-autonomes ?

J.-P. P. : Ils sont opposés à une société capitaliste et un Etat répressif. En bref, ils tiennent de ce point de vue un discours d’extrême-gauche. Mais ils n’ont pas de programme. En fait, ils sont moins dans la revendication que dans l’opposition : leurs actions ont pour but de perturber, voire de détruire l’Etat. Leur objectif est donc de marquer une opposition frontale à tout ce qui est symbolique de l’Etat : police, justice…

France 24 : Dans cette affaire de sabotage dont ils sont soupçonnés, ce sont les transports publics qui ont été visés, et non pas directement l’autorité de l’Etat …

J.-P. P. : Les transports ont toujours été des cibles privilégiées pour ce genre d’action, de par leur impact médiatique très important, comme le montre précisément cet exemple des sabotages présumés de la SNCF, de par la facilité d’intervention, les dégâts causés, et leur impact sur le fonctionnement de l’Etat. S’attaquer aux transports peut aboutir à la mise à mal de l’économie d’un pays. Les anarcho-autonomistes y voient le symbole des sociétés modernes et technologiques.

France 24 : Les dix personnes arrêtées dans un premier temps étaient connues des services de renseignement. Pour quelles raisons ?

J.-P. P. : Les services américains avaient signalé deux d’entre eux aux services français après leur passage aux Etats-Unis [selon le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, ce groupe est en liaison avec des groupes similaires à l’étranger, notamment en Allemagne, en Grèce, en Italie et aux Etats-Unis, ndlr]. On s’est rendu compte qu’ils appartenaient à cette mouvance ultra-gauche. Pour le service de renseignement, il est essentiel de suivre les individus à risques. L’histoire a prouvé que, malheureusement, dans ce genre de groupe, il y a déjà eu une glissade vers un engrenage qui exige toujours plus de violence, où les actions doivent être toujours plus médiatiques, et plus spectaculaires.

France 24 : Vous faites référence à l’histoire d’Action directe ?

J.-P. P. : En effet. Au cours des quelques mois qui ont précédé le mitraillage du CNPF [le Medef de l’époque, ndlr], le 1er mai 1979 par Action directe, toute une série d’événements ont eu lieu contre des ANPE, des banques… C’étaient de petits attentats symboliques, sans volonté de faire des victimes. Mais le 1er mai 1979, Action directe a franchi un pas en décidant d’engager la guérilla urbaine. En ce qui concerne cette affaire des sabotages de chemins de fer, on peut penser que le même type de seuil a été franchi. Nous ne savons pas ce que ces gens, s’il est avéré qu’ils sont impliqués, voulaient faire, ni où ils voulaient en arriver. Faire dérailler des trains ? L’enquête est chargée de le déterminer. Je ne dis pas que ce qui s’est produit à l’époque va se reproduire, mais il faut rester vigilant. La démocratie est fragile.


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