dimanche 17 décembre 2017

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Attentats de Bombay : un nouveau mode opératoire

Isabelle Lasserre, le Figaro

vendredi 28 novembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Les terroristes se sont inspirés des méthodes d’al-Qaida. Mais ils ont innové en menant leurs attaques simultanées au fusil d’assaut.

Des méthodes de commandos, des fusillades aveugles, des attaques parfaitement synchronisées contre une dizaine d’objectifs, dont certains fréquentés par des Occidentaux et des prises d’otages : le mode opératoire utilisé à Bombay révèle un changement de stratégie dans l’histoire du terrorisme en Inde, jusque-là davantage habituée aux attentats à la bombe contre des trains, des gares ou des marchés.

Visibilité médiatique

« Les attentats multiples et simultanés comme le caractère aveugle des attaques établissent un lien, même symbolique, avec al-Qaida. Il y a un effet d’imitation certain », commente Farad Khosrokhavar, spécialiste du terrorisme international. La manière dont les terroristes ont agi dans le centre névralgique de l’Inde prouve selon lui le haut degré d’organisation des assaillants et leur probable appartenance à un groupe islamiste radical.

Mais les terroristes de Bombay ont aussi pris des libertés avec le modus operandi classique d’al-Qaida, des engins explosifs déclenchés de manière simultanée contre plusieurs objectifs. Ils ont attaqué leurs cibles au fusil d’assaut et à la grenade. Une « innovation » destinée, selon le spécialiste, à provoquer un « effet de surprise ». « Les attentats à la bombe ont un fonctionnement instantané. Lorsque la bombe a explosé, c’est fini, le pouvoir peut reprendre le dessus. Mais les forces de l’ordre ne sont pas en mesure de répondre à des fusillades qui éclatent un peu partout. Ce type d’attaques donne aux terroristes une capacité d’action de plusieurs heures. Il permet de braver le pouvoir et de l’humilier », poursuit Farad Khos­rokhavar.

La tactique des terroristes, de même que le choix des cibles, luxueuses et fréquentées par des étrangers, révèle aussi une volonté de donner un caractère spectaculaire à leurs attentats. « Les groupes de Bombay cherchaient avant tout à faire entendre leur cause. Le fait de cibler des Occidentaux leur donne une grande visibilité médiatique. S’ils avaient agi de manière plus classique, en ciblant uniquement des Indiens, on n’en aurait presque pas parlé. Tout cela est insuffisant pour établir un lien avec al-Qaida. Seule une longue enquête permettra de le faire. En revanche, il est probable que ces groupes vont vouloir frapper de plus en plus fort et qu’ils pourront très bien changer à nouveau de mode opératoire la prochaine fois », prévient Dominique Thomas, spécialiste d’al-Qaida à l’École des hautes études en sciences sociales, l’EHESS.


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