dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > "De nouvelles zones d’instabilité apparaissent"

"De nouvelles zones d’instabilité apparaissent"

Propos recueillis par Marie-Christine Tabet, Lejdd.fr

dimanche 30 novembre 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Pour Louis Caprioli, expert en risque international chez Geos* et ancien responsable de la DST, les kamikazes de Bombay ont eu l’efficacité d’une véritable armée. Selon lui, le mode opératoire des terroristes et les cibles visées s’inspirent d’Al-Qaïda, qui pourrait être à l’origine du bain de sang. "Un échelon supplémentaire sur l’échelle de la menace" a été franchi.

Faut-il voir Al-Qaïda derrière les attentats de Bombay ?

Al-Qaïda fera savoir si elle est à l’origine de cette opération, soit par un message d’Al-Zawahiri, le lieutenant de Ben Laden, soit par la production du testament préenregistré de l’un des auteurs. Mais les attentats de Bombay s’inspirent de son modèle sur le plan opérationnel et idéologique. Il s’agit de frapper des Occidentaux, et les intérêts économiques d’un pays hostile. Or, pour les djihadistes, l’Inde est un symbole historique du martyre musulman. L’attaque du centre juif de la ville entre totalement dans la stratégie de l’organisation. Pour Al-Qaïda, les juifs constituent une cible majeure. A travers eux, il s’agit de punir l’Etat d’Israël, allié des Etats-Unis et oppresseur des Palestiniens.

S’agit-il d’un attentat de plus, ou augure-t-il d’une nouvelle menace ?

Nous avons gravi un échelon supplémentaire sur l’échelle de la menace. Les terroristes de Bombay ne sont pas des kamikazes comme les autres. A Bali, les auteurs bardés d’explosifs s’étaient jetés contre leurs cibles dans des voitures lancées à vive allure ou dans des boîtes de nuit noires de monde. A Bombay, c’est une force spéciale qui est entrée dans la ville, par la mer, signe d’une grande sophistication. Bien sûr, les terroristes savaient qu’ils allaient mourir, mais ils ont occupé le terrain comme une unité militaire pendant quatre jours. L’offensive contre l’hôpital est intéressante. Elle traduit la volonté de créer un effet de panique dans la population. Cette architecture montre que l’assaut a été planifié pendant des mois, que ses initiateurs ont bénéficié de soutiens logistiques sur place pour le repérage technique, d’un incontestable endoctrinement théologique et d’une formation dans un camp d’entraînement.

Le monde est-il encore plus risqué ?

Pendant quatre jours, les médias du monde entier ont regardé Bombay. Le terrorisme a recouvré du crédit auprès de ses fidèles éparpillés dans le monde. Cela signifie également qu’une nouvelle zone d’entraînement pour des apprentis terroristes est opérationnelle, sans doute dans la province de la frontière nord-ouest du Pakistan. Pendant des années, les djihadistes sont allés faire leurs armes en Afghanistan, puis en Irak ; aujourd’hui il y a clairement une nouvelle base. De jeunes radicaux en Europe vont être attirés par ce nouveau pôle. Le risque est d’autant plus grand que les foyers sont nombreux à travers le monde. En Europe, au Maghreb, en Arabie saoudite, les Etats leur mènent une guerre incessante et collaborent de mieux en mieux. En France, trois ou quatre réseaux ont été démantelés au cours de la dernière année, le Maroc en a débusqué une trentaine. Mais de nouvelles zones d’instabilité apparaissent. En Syrie, au Niger, au nord du Mali, en Mauritanie...

* Groupe spécialisé dans le conseil en sécurité international, présent notamment en Algérie et en Mauritanie.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :