mercredi 18 octobre 2017

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Morin : "Les terroristes peuvent frapper le monde entier"

Propos recueillis par Claude Askolovitch et Antoine Malo, LeJDD.fr

dimanche 30 novembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Au lendemain du rapatriement des 77 rescapés, dont 29 Français, dans un avion affrété par le gouvernement français, Hervé Morin, ministre de la Défense, revient pour le Journal du Dimanche sur la situation de la France à l’échelle mondiale. Et s’il consent que Paris ne est pas à l’abri d’une attaque terroriste, il réfute l’idée qu’un retrait de Kaboul diminuerait les risques : "c’est simplement faux".

Sommes-nous plus menacés aujourd’hui ?

Nous l’étions avant Bombay, nous le sommes après, ni plus, ni moins. Aucun pays n’est à l’abri d’un attentat. Si vous prenez les grands foyers de terrorisme islamiste vous quadrillez la planète. Un de mes collègues, ministre de la Défense d’un pays asiatique -qui n’est pas un pays de la ligne de front- m’a raconté qu’un attentat majeur, dans le métro de sa capitale, a été déjoué récemment. Donc, l’idée qu’on pourrait s’épargner des risques en se faisant oublier est une idée fausse. Quand les talibans disent qu’un retrait français d’Afghanistan nous protégerait, c’est simplement faux. Al-Qaida Maghreb, notre principale menace, parle de la France comme de son "ennemi numéro un". Ce groupe n’arrêterait pas de nous cibler parce que nous nous ferions discrets. Les groupes terroristes islamistes considèrent qu’il y a un djihad contre l’Occident, en général... contre les démocraties.

Et comment les démocraties se défendent-elles ?

Par l’intelligence et le renseignement. Il n’y a jamais eu autant de collaboration entre les services de tous les pays. Chaque semaine des hommes se préparent à faire un coup, sont arrêtés. La coopération de la France avec les pays du Maghreb est exceptionnelle. Elle répond au développement d’Al-Qaida Maghreb, dans la zone sahélienne : notre menace la plus préoccupante.

La sécurité des Français à l’étranger -singulièrement au Maghreb- est-elle assurée ?

Le monde est généralement instable et risqué. Mais - c’est un principe de philosophie personnelle - le niveau d’insécurité n’est pas tel qu’un ministre devrait déconseiller aux gens de voyager, ou commencer à rapatrier nos ressortissants. Quand il y a des risques collectifs - la sécurité d’un rallye, une colonne de véhicules sur plusieurs centaines de kilomètres - c’est autre chose. Nous pouvons intervenir. Se mettre à paniquer ne servirait que les terroristes. En revanche, oui, certaines zones - la Mauritanie à cause du terrorisme, ou le large de la Somalie, à cause des pirates - sont à déconseiller. Mais nous ne pouvons pas interdire aux gens de prendre des risques.

Quel est le plus grand défi pour une démocratie ?

La compréhension de la menace ; ne pas céder à la panique, ni à l’insouciance, ni à l’aveuglement. Nos compatriotes ont du mal à accepter que notre défense passe aussi par l’Afghanistan. Les Anglais n’ont pas cette difficulté. Eux ont subi le terrorisme et comprennent qu’ils doivent se défendre loin de leurs bases. Nous, Dieu merci, n’avons pas connu d’attentat depuis des années. Mais je n’ai pas besoin d’en faire l’expérience pour savoir qu’il faut se défendre.


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