dimanche 22 octobre 2017

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L’UE indignée par l’exécution d’un « espion » chinois

Arnaud de La Grange, le Figaro

lundi 1er décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Après l’annulation du sommet UE-Chine, les diplomates occidentaux sont consternés par ce nouveau signal négatif envoyé par Pékin.

Les diplomates européens n’en reviennent pas. Après l’étonnant report du sommet Europe-Chine, qui devait s’ouvrir ce matin à Lyon, voilà que Pékin leur envoie un nouveau signal qui confine à la provocation. À l’heure où s’ouvrait la 26e session du dialogue euro-chinois sur les droits de l’homme, vendredi, les autorités chinoises fusillaient un « espion » pour lequel l’UE et Washington appelaient depuis des mois à la clémence. Alors que l’homme était condamné à mort depuis longtemps, la concomitance des deux événements ne peut tout devoir au hasard. La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, a ainsi dénoncé un « affront prémédité » de Pékin envers l’Union européenne.

L’UE a condamné « avec la plus grande fermeté » l’exécution de Wo Weihan, 59 ans, qui avait vécu à Vienne et avait deux filles de nationalité autrichienne. Un communiqué « marque son indignation devant cette exécution », le jour même du dialogue UE-Chine. Vienne a fustigé la « conduite inhumaine de la Chine ». Et l’Europe n’est pas isolée sur le dossier puisque les États-Unis se sont dits « consternés » par l’application de la sentence. Washington considère que l’arrestation et le procès de M. Wo n’ont pas répondu aux normes internationales.

L’histoire, il est vrai, est obscure, et son épilogue sordide. Biochimiste, Wo Weihan avait été arrêté en janvier 2005 à Pékin, accusé d’avoir transmis à Taïwan des renseignements de nature militaire, des copies de plans de missiles notamment. Les chefs d’accusation sont restés pour l’essentiel secrets. Selon sa famille, il était aussi reproché à Wo d’avoir évoqué la santé de hauts responsables chinois. Le scientifique, qui avait eu une attaque cérébrale au début de sa détention, avait fait de premiers aveux avant de clamer son innocence. Il avait été condamné à mort en mai 2007 à l’issue d’un procès qui, selon de nombreuses ONG, manquait de transparence et au cours duquel n’avaient été présentées que de vagues preuves. Les « secrets militaires » transmis par Wo se retrouveraient ainsi pour la plupart dans des revues militaires chinoises.

Opacité du système judiciaire

L’affaire montre une fois de plus l’opacité totale du système judiciaire chinois. Et la brutalité dans son traitement humain a glacé les diplomates. La première fille de Wo, Chen Ran, mariée à un Américain et étudiante à l’université de Berkeley en Californie, a pu le voir jeudi une demi-heure mais elle a confié que son père ignorait tout de sa proche exécution. « Il avait de l’espoir et ne nous a pas dit adieu ou exprimé une dernière volonté, a-t-elle confié. Nous, sa famille, n’avons pas été autorisés à lui dire au revoir. On nous a refusé ce droit le plus fondamental et universel. »

Les diplomates autrichiens ont appris la nouvelle de la mort de Wo en intervenant une nouvelle fois auprès des autorités chinoises pour que sa deuxième fille, arrivée d’Autriche, puisse elle aussi voir son père. Elle n’aura pu lui dire adieu.


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