lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > Aux Pays-Bas, l’arrestation de sept islamistes radicaux présumés (...)

Aux Pays-Bas, l’arrestation de sept islamistes radicaux présumés relance le débat sur la stratégie antiterroriste de la police

Jean-Pierre Stroobants, le Monde

mercredi 19 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

logo

Le débat sur la manière de riposter à la menace terroriste et sur l’action de la justice est relancé, aux Pays-Bas, après des arrestations opérées vendredi 14 octobre. Sept islamistes radicaux présumés, dont une femme, ont été appréhendés à Amsterdam, La Haye, Leyde et Almere. Ils étaient, selon la police et les services de renseignement, en train de préparer des attentats contre des personnalités politiques et un bâtiment public. Ce sont, en tout cas, les motifs d’inculpation qui ont été retenus contre Samir Azzouz, la principale figure du groupe.

Lundi 17 octobre, le parquet national de Rotterdam, qui coordonne les enquêtes sur le terrorisme, a révélé qu’une bande vidéo appartenant à ce prévenu d’origine marocaine avait été découverte. On y verrait le jeune étudiant de 19 ans prendre congé de sa famille et de ses amis et évoquer une "action" qu’il va commettre. Victor Koppe, l’avocat du jeune homme, sous-entend toutefois qu’on ne distingue pas clairement son client sur cette bande et que des documents de ce genre ont, dans le passé, été trouvés chez d’autres suspects, sans que cela entraîne, pour eux, des condamnations judiciaires. Samir Azzouz lui-même avait déjà rédigé un "testament de djihadiste" dans lequel il souhaitait que son bébé, alors âgé de 1 an, soit éduqué dans "l’esprit de la guerre sainte".

Vendredi 14 octobre, la police, qui recherchait des armes et des explosifs, n’a rien trouvé au domicile des suspects, hormis des masques à gaz et des passe-montagnes. D’ores et déjà, une partie de la presse néerlandaise se demande, dès lors, si les enquêteurs n’ont pas agi trop vite. L’influent quotidien NRC-Handelsblad de Rotterdam s’interroge : "Comment la menace a-t-elle pu être décrite comme "aiguë" -par Johan Remkes, le ministre de l’intérieur- alors que le groupe ne disposait pas encore d’armes ?" Il semble, en effet, que les arrestations ont été opérées alors qu’Azzouz allait seulement tenter d’acquérir le matériel nécessaire aux actions qu’il projetait.

Piet-Hein Donner, le ministre de la justice, avait voulu répondre préventivement aux objections en évoquant, vendredi, le "dilemme" qui existerait entre la collecte de preuves permettant de déboucher sur un procès et la "sécurité de la société" . La question des preuves irréfutables est déterminante aux yeux des juges néerlandais, qui ont prononcé plusieurs acquittements dans des dossiers de terrorisme à la grande fureur des enquêteurs et d’une partie des responsables politiques.

POSITIONS DIVERGENTES

Déjà appréhendé en 2003 et en 2004, Samir Azzouz n’a pas été condamné. En avril, les magistrats de Rotterdam avaient reconnu son intérêt "supérieur à la moyenne" pour la violence religieuse radicale, relevé qu’il avait effectué un voyage en Tchétchénie et enregistré qu’on avait retrouvé à son domicile des plans de la centrale nucléaire de Borssele, de l’aéroport de Schiphol ou des bâtiments de l’AIVD, la Sûreté intérieure. Le tribunal avait indiqué qu’il ne pouvait juger d’éventuelles "intentions" terroristes.

La nouvelle arrestation de Samir Azzouz a engendré des prises de position très divergentes. Le député populiste Geert Wilders, cible potentielle des groupes islamistes, a plaidé pour que les Pays-Bas s’inspirent de l’exemple israélien, qui permet de placer un suspect au secret pendant plusieurs mois, sur la base de simples renseignements. L’avocate Britta Böhler invite, en revanche, à s’interroger sur la réalité de la menace "aiguë" évoquée par le gouvernement.

Il se confirme, quoi qu’il en soit, que le "groupe Hofstad", la cellule islamiste à laquelle appartenait Mohammed Bouyeri, l’assassin du cinéaste Theo Van Gogh, n’a pas livré tous ses secrets. Mohammed Bouyeri a été condamné à perpétuité mais devra comparaître à nouveau au mois de décembre, lors d’un procès intenté à une douzaine de membres présumés du groupe. Le parquet affirme avoir découvert de nouveaux éléments depuis le procès, en juillet.

Samir Azzouz appartenait vraisemblablement à cette cellule ainsi que Jermaine Walters, arrêté en même temps que lui vendredi. Converti à l’islam, fils d’un militaire américain, Jermaine Walters a déjà eu affaire à la justice. Soumaya S., une jeune femme également liée au groupe, a, elle, été condamnée à neuf mois de prison, mardi 18 octobre, à Rotterdam. Elle est l’épouse d’un membre du groupe appréhendé en possession d’armes il y a quelques mois. Elle aurait participé à un projet d’attentat contre la députée Ayaan Hirsi Ali en compagnie d’une policière, une Néerlandaise convertie à l’islam qui doit être jugée prochainement. La "cellule Hofstad" aurait, selon plusieurs services européens, des liens avec le Groupe islamique combattant marocain, responsable des attentats de Casablanca en 2003 et Madrid, en 2004.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :