jeudi 19 octobre 2017

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Barack Obama et la face sombre de la "guerre contre le terrorisme"

Rémy Ourdan, le Monde

mardi 9 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Barack Obama va devoir prendre des décisions, à son arrivée à la Maison Blanche, sur la face sombre de la "guerre contre le terrorisme" décrétée par George Bush après le 11-Septembre : la détention arbitraire, illégale, voire secrète de prisonniers, et l’usage de la torture.

Ses partisans sont conscients que M. Obama aura besoin de temps - et que peut-être son mandat n’y suffira pas - pour sortir le pays des guerres en Afghanistan et en Irak et tenter de réconcilier l’Amérique avec certains de ses ennemis. Soucieux d’une restauration de l’image des Etats-Unis dans le monde, ils espèrent en revanche que le président prendra, aussitôt après son investiture le 20 janvier, des décisions qui ne dépendent que de l’exécutif : la fermeture du camp de Guantanamo et des prisons secrètes de la CIA, l’interdiction de l’usage de la torture, l’arrêt des transferts de prisonniers vers des pays où ils sont maltraités.

L’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a publié deux documents de recommandations au président élu : "L’agenda des droits de l’homme" et "Combattre le terrorisme de manière juste et efficace". La nouveauté, pour ces opposants à George Bush, est qu’ils ne prêchent plus dans le désert.

Non seulement les conseillers de M. Obama partagent leurs opinions, mais pas un jour ne passe à Washington sans que des personnalités ayant servi l’administration républicaine ne joignent leurs voix à ces appels à des changements radicaux. Cette semaine, ce sont des généraux et amiraux à la retraite qui soumettent à l’équipe Obama leurs propositions pour en finir avec la torture, "cette tâche qui salit les Etats-Unis d’Amérique".

Un discours présidentiel fort et symbolique est attendu. Pourtant, des obstacles ne sont pas à écarter. A aucun moment, Barack Obama n’a clairement pris position sur la détention préventive de terroristes présumés. Les défenseurs des droits de l’homme craignent qu’une nouvelle loi vienne se substituer à Guantanamo. "Il existe différents plans de fermeture de Guantanamo. Or s’il y a un consensus sur l’échec du système des tribunaux militaires, il y a un débat sur l’opportunité de conserver un programme de détention préventive", constate Joanne Mariner, la responsable du département Terrorisme et contre-terrorisme de Human Rights Watch.

La détention préventive conçue par l’administration Bush a largement démontré son injustice et son inefficacité. Guantanamo a principalement accueilli des innocents ou de simples combattants. Sept ans après sa création, sur 250 hommes encore détenus, seuls trois ont été jugés coupables et dix-sept autres sont inculpés. Mais face à l’idée qu’il faut "juger ou libérer" les prisonniers, des responsables rétorquent que des détenus contre lesquels il n’existe pas d’éléments suffisants pour un procès pourraient devenir, une fois libérés, des ennemis des Etats-Unis. "C’est le problème de la détention préventive", pointe Mme Mariner. "Beaucoup de ces prisonniers n’ont commis aucun crime. Et il y a des foules de gens au Proche-Orient qui font des déclarations incroyablement agressives contre des Etats-Unis. Faut-il tous les emprisonner ?", demande-t-elle.

Sur la torture, le candidat Obama avait été clair : "La torture permet de se faire des ennemis, pas de les vaincre." Les militaires ont banni la torture de leurs règles d’interrogatoires dans leur manuel de contre-insurrection de 2006. Mais George Bush a mis son veto à l’application de ces critères à la CIA.

"Les généraux ont toujours été opposés à ces politiques de l’administration Bush", rappelle Jennifer Daskal, de Human Rights Watch. "Le général Petraeus alors commandant des forces américaines en Irak a dit clairement que la torture n’est pas seulement immorale mais contre-productive."

Mais si Barack Obama interdit l’usage de la torture par la CIA, il devra aussi prendre position sur la "délocalisation" de la torture. Que feront les services de renseignement américains lorsque leurs alliés saoudiens, égyptiens ou pakistanais tortureront des prisonniers et leur livreront des informations ? Et il faudra régler la question des "prisons secrètes". "Rien que Bagram la base américaine au nord de Kaboul, c’est effrayant. On ignore les identités des détenus. Et personne n’en parle, constate l’enquêteur d’une ONG américaine. Et que dire des prisons souterraines dans Kaboul, cogérées avec les services de renseignement afghans ? Et des rumeurs persistantes sur des prisons secrètes en Jordanie ou au Maroc."

La "guerre contre le terrorisme" a ses scandales publics et internationaux, comme Guantanamo. Elle a aussi ses trous noirs. Cette face encore plus sombre de l’Amérique à laquelle Barack Obama et son équipe vont être confrontés.


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