mardi 12 décembre 2017

Accueil du site > Défense > International > Le désarmement nucléaire au coeur du débat transatlantique

Le désarmement nucléaire au coeur du débat transatlantique

Natalie Nougayrède, le Monde

mardi 9 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Des deux côtés de l’Atlantique, le débat sur le désarmement nucléaire semble reprendre de l’ampleur, à un moment où l’élection de Barack Obama a fait naître certains espoirs. En parvenant à convaincre ses homologues européens d’adopter une série de mesures en faveur du désarmement, notamment nucléaire, Nicolas Sarkozy vient de faire franchir à l’Union européenne (UE) - jusque-là peu exemplaire dans ce domaine - une étape significative. Les ministres européens des affaires étrangères ont approuvé, lundi 8 décembre à Bruxelles, un texte en 18 points un peu fourre-tout intitulé "Déclaration sur le renforcement de la sécurité internationale".

Ce texte reprend les termes d’une lettre que le chef de l’Etat a adressée, le 5 décembre, au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, pour inciter l’ONU à agir en matière de désarmement. Dans cette missive, M. Sarkozy réitère pour l’essentiel des propositions déjà contenues dans son discours sur la dissuasion nucléaire prononcé à Cherbourg le 21 mars.

L’initiative de l’Elysée, au nom de l’UE, est intervenue au moment où se tenait, lundi 8 et mardi 9 décembre, dans un hôtel parisien, une conférence internationale consacrée au lancement d’une initiative dite du "processus Global zero" (option zéro), en faveur de l’élimination, voire l’abolition, des armes nucléaires. Lancée par des groupes de réflexion aux Etats-Unis, financée par du mécénat, et soutenue par une série d’anciens responsables américains, dont Henry Kissinger, cette initiative vise à susciter une large mobilisation internationale, sur la base de pétitions et d’un film documentaire, pour promouvoir l’idée d’un monde débarrassé de l’arme suprême.

Le choix d’organiser cette conférence à Paris ne relevait pas du hasard. Le camp des "abolitionnistes" du nucléaire militaire tient la France pour un interlocuteur difficile. Dans sa lettre à Ban Ki-moon, M. Sarkozy souligne que les propositions européennes se veulent "concrètes et réalistes". Sous-entendu : elles seraient plus susceptibles de trouver un début de réalisation que l’objectif, jugé avec circonspection à Paris, de dessiner une feuille de route vers un monde sans armes nucléaires, tel que l’appellent de leurs voeux les participants de l’initiative "Global zéro".

Les propositions de M. Sarkozy, endossées par l’UE, se placent dans la perspective de la prochaine conférence d’examen du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), prévue en 2010. L’UE demande notamment l’ouverture "sans délai" de la "négociation d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles pour les armes nucléaires, ainsi que la mise en place d’un moratoire immédiat sur la production de ces matières". Elle plaide également en faveur de "progrès dans les discussions en cours entre les Etats-Unis et la Russie sur le développement d’un arrangement juridiquement contraignant post-START" Traité sur la réduction des armes stratégiques, qui arrive à expiration en décembre 2009. Les Européens demandent aussi la "ratification universelle du traité d’interdiction complète des essais nucléaires", signé mais non ratifié par les Etats-Unis.

Avocate du désarmement, en particulier nucléaire, la France n’a aucunement l’intention de renoncer à sa force de dissuasion. On considère à Paris que l’arme nucléaire conserve sa pertinence dans un monde lourd d’incertitudes, et des doutes sont formulés sur l’objectif "Option zéro" comme moyen de lutter contre la prolifération.

La présidence française entend cependant manifester, par sa démarche, une volonté d’accompagner ce qui apparaît comme une nouvelle politique américaine de désarmement.

Le 24 septembre, interrogé par la revue Arms Control Today, Barack Obama déclarait : "l’Amérique ne désarmera pas unilatéralement. Aussi longtemps que des Etats conserveront des armes nucléaires, les Etats-Unis maintiendront une dissuasion nucléaire forte, sûre, efficace et en sécurité. Mais je n’autoriserai pas le développement de nouvelles armes nucléaires. Et je ferai de l’objectif d’éliminer toutes les armes nucléaires un élément central de la politique nucléaire américaine".


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :