mercredi 18 octobre 2017

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Le patriarche Alexis était-il "l’agent Drozdov" au sein du KGB ?

Reuters

mardi 9 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Le patriarche Alexis II, décédé vendredi à 79 ans, a-t-il collaboré pendant plus de trente ans avec le KGB avant de devenir en 1990 le chef de l’Eglise orthodoxe russe ?

Un dossier de l’ancienne police secrète soviétique, retrouvé en Estonie à la fin des années 1990, fournit des éléments pour soutenir cette thèse mais n’apporte pas de preuve indiscutable.

L’Eglise orthodoxe a toujours démenti qu’Alexis ait été l’"agent Drozdov", dont le recrutement en 1958 est signalé dans le "dossier estonien". Mais le doute a toujours plané.

"L’Eglise tout entière était un instrument du KGB, cela ne fait aucun doute, et le patriarche Alexis en était l’agent numéro un", affirme l’ancien espion soviétique Oleg Gordievsky, dans une interview téléphonique à Reuters.

Gordievsky, qui est passé à l’Ouest en 1985, admet qu’il n’a jamais eu aucune preuve de la collaboration d’Alexis aux services secrets mais ne met pas en doute les découvertes faites en Estonie.

Le dossier de 1958 parle du recrutement d’un certain "Drozdov", un pope orthodoxe dont le lieu et la date de naissance correspondent à ceux d’Alexis.

Ancien prêtre et ex-membre du parlement, Gleb Yakounine, qui a fait partie d’une commission chargée de dépouiller les archives du KGB après la chute du communisme, pense également que le patriarche défunt a travaillé avec les "services".

"PAS D’AUTRE CHOIX"

Pour Youri Felchtinsky, spécialiste russe du monde du renseignement installé aux Etats-Unis, "des informations sérieuses" vont dans le sens d’une implication d’Alexis.

"Mais c’est probablement l’une de ces questions qui ne trouveront jamais de réponse, faute de documents irréfutables", explique-t-il.

Il rappelle que l’Eglise orthodoxe russe, décimée par les bolchéviques après la révolution de 1917, a bien été forcée de trouver des accommodements avec le nouveau pouvoir, ne serait-ce que pour survivre et sauver ce qui pouvait encore l’être.

"Des compromis étaient nécessaires. Difficile de dire s’il était vraiment possible d’éviter tout contact avec les services secrets, avec le KGB, surtout si vous parveniez à un certain niveau hiérarchique dans l’Eglise. Il y a toujours un prix à payer", ajoute-t-il.

Pour Gordievsky, l’Eglise orthodoxe, qui a perdu les trois quarts de ses popes et de ses moines dans les purges qui ont suivi la révolution, n’avait pas le choix et devait, au moins dans une certaine mesure, répondre aux sollicitations des autorités.

"Les gens qui allaient à l’église étaient surveillés. S’ils se mariaient à l’église, s’ils faisaient baptiser leurs enfants, tout cela était noté et transmis au KGB. Des informations qui pouvaient vous faire perdre votre emploi", dit-il.

La hiérarchie religieuse, de la base au sommet, était infestée d’informateurs. "Mais pour l’Eglise, il n’y avait pas d’autre choix. Il fallait vraiment être conciliant avec le KGB."

Version française Guy Kerivel


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