mercredi 13 décembre 2017

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Les patriotes de Philippe Haïm

Carlos Gomez, le Journal du Dimanche

mardi 9 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Pour son troisième long métrage, Philippe Haïm plonge le spectateur dans le monde étouffant et brutal des Services secrets. Une course contre la menace terrorisme qui fonctionne à plein. Aux côtés de l’impeccable Gérard Lanvin, Vahina Giocante et Nicolas Duvauchelle assurent dans cet "hommage critique" aux agents du renseignement. Ultra-efficace.

L’espionnage est un monde de bêtes féroces. Un marigot sans autre foi, ou loi, que celle du plus fort, du plus retors, du plus cynique. Un univers fascinant où la raison d’Etat vaut pour toutes les autres, confrontée à une menace terroriste. Un terrain de jeu rêvé pour tout scénariste avec deux sous de malice, une solide connaissance des bons ou grands films du genre (des Patriotes d’Eric Rochant à Munich de Spielberg), une bonne documentation et beaucoup d’imagination. Le cas de Philippe Haïm, 41 ans, réalisateur de Secret défense.

Pour réaliser ce film d’action ultra-efficace, servi par quelques gueules parmi les plus impressionnantes du moment (Gérard Lanvin, Simon Abkarian), Haïm a acquis un niveau d’expertise tel qu’aujourd’hui, en l’écoutant par exemple analyser les attentats de Bombay dans son costume sombre, il passerait sansproblème pour un ex-stratège de la DGSE reconverti maître de conférences. Le rapprochement le fait sourire. "J’ai fait plus de trente avant-premières à travers la France, toutes suivies de débats avec le public, alors, sur un malentendu, je pourrais presque passer pour quelqu’un de la maison !"

"Je voulais être au plus près de la réalité"

Ça ne fait pas pour autant de Secret défense un "film d’entreprise" sur les services du renseignement français. Encore moins un film de "propagande" comme les Américains savent le faire dès qu’il y va de l’intégrité du pays. Il y a bien une part d’ "hommage", dit-il, aux hommes qui laissent leur santé et des plumes, en se consacrant au renseignement, mais un hommage "critique", précise le réalisateur, dont le scénario souligne la brutalité d’un milieu où "le code civil et le code pénal, on s’assoit volontiers dessus" et où le coût humain des opérations peut être scandaleusement élevé et passe à l’occasion par les... sévices secrets !

"J’ai voulu faire un film sur la notion de ’vérité’. Dans le fond, c’est le sujet principal. La quête de vérité est l’obsession de certains de ces agents. Et s’il leur faut mentir pour l’obtenir, tant mieux." Le travail préalable au scénario fut d’enquêter auprès de spécialistes de l’espionnage, du terrorisme (journalistes, universitaires, etc.) et d’anciens membres de la Sécurité extérieure. "Je savais quelle était l’histoire que j’avais envie de raconter, mais je voulais être au plus près de la réalité à travers les menus détails." Certains dialogues ne sont que la transcription textuelle de certains entretiens. "Un agent n’est pas un être humain, c’est une arme" n’est pas une phrase qu’il a inventée. Idem pour certaines situations, soufflées par des protagonistes jadis au premier rang d’opérations commandos.

Il croit savoir que, depuis le 11 septembre 2001, "une quinzaine" d’attentats terroristes majeurs ont été déjoués en France. L’un d’eux, qu’il croit pouvoir situer entre 2002 et 2004, aurait pu provoquer une tragédie, en plein marché de Noël, à Strasbourg. Frissons rétrospectifs. Info ou intox ? "En dépit des menaces répétées d’Al-Qaïda, le renseignement français a fait son travail." Pour autant, on demeure sur la liste des pays visés. Hélas, une autre réalité.

Secret Défense ***

De Philippe haïm, avec Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle, Rachida Brakni, 1h40. Sortie mercredi.

D’un côté, une étudiante parisienne (Vahina Giocante), de l’autre, un petit délinquant de banlieue (Nicolas Duvauchelle). Ils ne se connaissent pas, mais endurent chacun de leur côté les affres d’un même quotidien, fait de frustrations. La première va être enrôlée un peu malgré elle par les services secrets ; le second va être récupéré en prison par un réseau islamiste. Leurs chemins finissent par se croiser au terme d’une course haletante contre la mort... Il est exceptionnel, voire rarissime qu’un film d’action made in France atteigne un tel niveau d’efficacité et d’excellence. Le propos est éloquent, l’histoire simple, emblématique, avec quelques invraisemblances vénielles mais propres au genre qui jamais n’altèrent ni le rythme ni l’intérêt. Même Ridley Scott n’aurait pas fait mieux, mais il aurait eu le double du budget. Vahina Giocante ne se contente plus de vamper la caméra. En plus, elle joue. Et bien.


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