samedi 21 octobre 2017

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Arnaud Danjean : « Il faut démystifier la DGSE »

Propos recueillis par Vincent Lindeneher, Le Bien public

mercredi 10 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Le film Secret Défense, qui traite du contre-terrorisme, sort aujourd’hui au cinéma. A cette occasion, nous avons interrogé un ancien de la Direction générale de la sécurité extérieure.

Arnaud Danjean, 37 ans, s’est notamment fait connaître dans la région comme candidat aux élections législatives de 2007 face à Arnaud Montebourg. Après des études de sciences politiques à Paris (spécialité relations internationales), ce Saône-et-Loirien a passé dix ans, de 1994 à 2004, au sein de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Aujourd’hui, après avoir été conseiller spécialiste des Balkans au sein de l’Union européenne et pour le ministère des Affaires étrangères, il travaille dans une société de conseil et enseigne à Sciences Po Dijon.

Le Bien public.- Quel est le rôle de la DGSE ?

Arnaud Danjean.- La Direction générale de la sécurité extérieure, qui dépend du ministère de la Défense, est une agence de renseignement qui doit identifier les menaces extérieures qui peuvent peser sur la France ou ses ressortissants.

LBP.- Quelles sont ses missions ?

A. D.- A Paris, certains réalisent de l’analyse de données confidentielles ou recueillies par des moyens confidentiels. Dans les ambassades de France à l’étranger, d’autres personnes travaillent pour la DGSE. Il existe aussi des agents non identifiés qui effectuent des missions clandestines de recueil de renseignements à la fois sur des théâtres de conflits et face à des organisations terroristes ou criminelles.

LBP.- De combien de personnes ce service est-il composé ?

A. D.- La DGSE compte environ 4 000 personnes. Elle est composée en majorité de fonctionnaires civils, de militaires et d’ingénieurs. Il faut démystifier l’appartenance à la DGSE : il n’y a ni 4 000 barbouzes ni 4 000 « James Bond ». Il y a 4 000 fonctionnaires français qui travaillent de façon méconnue et dévouée à la sécurité de leur pays. La colonne vertébrale de la DGSE est la direction du renseignement et la direction des opérations, dont fait partie le service action, chargé des opérations clandestines (1). Il faut aussi savoir que certaines personnes extérieures à la DGSE peuvent être recrutées pour participer à des opérations clandestines, comme par exemple pour infiltrer un réseau terroriste ou criminel. Bien sûr, il faut s’assurer de leur sécurité et de leur loyauté.

« Un métier souvent difficile »

LBP.- Comment se passe le recrutement de ceux qui travaillent pour la DGSE ?

A. D.- La DGSE est une administration française totalement intégrée dans l’Etat. Le recrutement se fait par concours administratif, avec notamment des questions de culture générale et sur les relations internationales. Il faut aussi correspondre à des critères en matière de sécurité. A une époque, on ne pouvait pas entrer dans la DGSE si l’on avait un parent d’origine étrangère. Aujourd’hui, cela se fait au cas par cas. Ensuite, on débute sa carrière avec plusieurs années de formations et d’analyses afin d’être en capacité de maîtriser l’environnement dans lequel on est amené à évoluer. Ceux qui travaillent sur le terrain doivent maîtriser plusieurs langues et avoir une expertise particulière dans les zones où ils peuvent travailler.

LBP.- Dans quels pays avez-vous été amenés à travailler ?

A. D.- En ex-Yougoslovie, dont le Kosovo (où j’ai effectué plusieurs dizaines de missions entre 1999 et 2002) et la Bosnie-Herzégovine. Je ne faisais pas partie d’un organigramme clandestin mais comme toute personne de la DGSE, j’étais tenu à la confidentialité et j’étais très rigoureusement encadré.

En Bosnie, par exemple, j’étais basé à l’ambassade. Dans cette zone de conflit, je devais rendre compte de ce qu’il s’y passait, nouer un maximum de contacts avec toutes les parties possibles afin d’avoir une image la plus proche de la réalité et informer Paris de cette réalité.

Toujours dans les Balkans j’ai notamment été amené à travailler sur des missions plus spécifiques, comme la traque de criminels de guerre, la lutte contre des organisations criminelles et ou encore contre des réseaux islamistes.

LBP.- De ces missions, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

A. D.- J’ai passé 10 années éprouvantes dont je ne regrette rien. C’est une expérience humaine et personnelle très intense. C’est un milieu à part, un métier souvent difficile. En outre, même si nous le savons en s’engageant dans cette voie, le dévouement est assez ingrat car si l’on réussit une opération, cela ne se sait pas. En revanche, en cas d’échec, la critique est immédiate et excessive.

LBP.- Aujourd’hui, sur quelles zones la DGSE est-elle particulièrement présente et quelles sont les menaces qui pèsent sur la France ?

A. D.- La priorité absolue de la DGSE est la lutte antiterroriste. Il faut aussi noter qu’elle est en première ligne lorsqu’un Français est pris en otage à l’étranger. En outre, elle effectue toujours des missions plus traditionnelles comme le suivi de situations de crise (en Afrique, dans les pays du Moyen-Orient ou encore en Afghanistan), la lutte contre la prolifération nucléaire, la criminalité organisée, le trafic d’armes et de drogues, ainsi que la contre ingérence, c’est-à-dire la lutte contre les menaces d’espionnage industriel, technologique ou informatique.

(1) La DGSE compte aussi une direction stratégique, une direction technique et une direction administrative.

Philippe Haïm, le réalisateur de Secret Défense résume son film de la manière suivante : « C’est l’histoire de Diane, une jeune étudiante, belle, qui a toutes les ’’ qualités ’’ que la DGSE recherche. C’est l’histoire de Pierre, un jeune homme fragile qui se retrouve en prison et rencontre les mauvaises personnes au mauvais moment, et qui croit trouver son salut dans l’islamisme radical. Ces deux histoires sont liées et se ressemblent plus qu’il n’y parait. »

Lorsque P. Haïm présente son film (1), il en parle comme s’il avait réalisé un rêve. Passionné par l’espionnage, il a toujours voulu faire un film sur les services secrets français. Cette pure fiction est le résultat d’un long travail de 3 ans de collaboration et d’enquête au sein de la DGSE. P. Haïm nous fait voyager entre la France et l’Afghanistan, où les paysages sont merveilleusement filmés. Ce film est poignant par sa crédibilité, les acteurs sont époustouflants. On n’avait pas encore vu Gérard Lanvin et Vahina Giocante prendre autant de risques. Tout comme les deux antihéros, on se sent écrasé par les deux puissances que sont la DGSE et les entités terroristes. A voir pour pénétrer dans les tréfonds des services secrets et des réseaux terroristes, et parce que c’est avant tout une histoire d’hommes.


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