lundi 23 octobre 2017

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Les nerfs de la "guerre sainte" : rackets, braquages et kidnappings

Le Monde

mercredi 10 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Février 2008 : deux touristes autrichiens en balade dans le Sud tunisien sont capturés par des hommes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Une rançon est exigée pour leur libération. Des tractations s’engagent indirectement avec les autorités viennoises. On murmure que les services algériens s’opposent à tout versement.

Début novembre 2008 : après des mois de négociations, les deux touristes rentrent discrètement chez eux. De très bonne source, on apprend qu’une rançon "de 1 à 2 millions d’euros" a été payée. Les services algériens sont furieux.

Certains spécialistes estiment qu’une des raisons, marginale sans doute, qui ont poussé l’ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) à s’affilier à la "centrale" d’Oussama Ben Laden dès l’été 2006, puis à se fondre en elle en janvier 2007, fut le manque d’argent.

"Faux", affirme Christophe Chaboud, chef de l’unité française de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Selon lui, la spectaculaire allégeance de la défunte organisation algérienne (GSPC) à Ben Laden devait "plus à un choix politique que logistique". "Ils n’ont jamais eu de problèmes de financement", affirme-t-il. Le terrorisme ne coûte pas très cher. Les services espagnols ont estimé que les attentats de Madrid, mis en oeuvre par une cellule marocaine proche de l’AQMI, ont pu être montés et perpétrés pour "moins de 50 000 euros".

Or l’enlèvement contre rançon - "toujours assez "raisonnable" pour que les familles puissent payer", note un officier des services de renseignements extérieurs français - "est une pratique assez ancienne de l’ex-GSPC", confirme H’Mida Layachi, directeur de journaux algériens et auteur de plusieurs ouvrages sur l’islamisme radical dans son pays.

"Le groupe fait la loi en Kabylie depuis de nombreuses années et soumet notamment les paysans à une sorte d’impôt." Il entretient en outre "des liens avec ce qu’on appelle "la mafia du sable" en Algérie et, plus au sud, avec les trafiquants d’armes de la région du Sahel".

Racket, braquages de bureaux de poste, attaques de convois de fonds, enlèvements et rançons, contrebande et trafics divers (voitures, tabac, drogues dures...) dans l’immense désert du Sahel où s’entrecroisent les frontières poreuses d’Algérie et de Libye, du Maroc et de Mauritanie, du Niger et du Mali. Ajoutez à cela la structure même de l’économie algérienne qui reste largement informelle (au moins 40 % du PNB) offrant de larges possibilités d’évasion, et l’on peut comprendre pourquoi la cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), qui ne fonctionne que depuis 2004, a du mal à traquer l’argent sale du terrorisme.

C’est d’ailleurs dans cette région travaillée par divers irrédentismes comme celui des Touaregs que les djihadistes "s’entraînent", avance M. Chaboud. Pas de camps ni de bases fixes : "Ce sont des nomades qui tirent un millier de balles ici et puis déménagent avant d’être repérés."

Outre les ressources mentionnées plus haut, l’ex-GSPC pratique le blanchiment d’argent et traite avec beaucoup de "repentis" reconvertis dans les affaires, notamment la spéculation immobilière.

Mohammed Darif, professeur de sciences politiques à l’université de Mohamedia au Maroc, ajoute, à ces ressources, les dons plus ou moins volontaires "de la communauté maghrébine installée en Europe, en Espagne, en Belgique, en Italie et en France". Parce que "les transferts d’argent sont faciles et les frontières mal contrôlées, les Maghrébins du Maghreb participent aussi aux financements", ajoute ce spécialiste d’Al-Qaida au Maghreb.


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