dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Défense > International > La montée en puissance militaire de la Chine inquiète les Etats-Unis

La montée en puissance militaire de la Chine inquiète les Etats-Unis

Bruno Philip, le Monde

jeudi 20 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

logo

La Chine est potentiellement une menace militaire et la modernisation en cours de son armée constitue un motif de préoccupation : durant sa première visite à Pékin, du 17 au 20 octobre, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, a redit ses craintes aux dirigeants chinois, en particulier au président Hu Jintao, qu’il a rencontré mercredi.

M. Rumsfeld s’inquiète que la République populaire "paraisse développer des missiles capables d’atteindre de nombreux endroits du monde, au-delà du Pacifique", selon les termes d’un discours prononcé devant l’Académie des sciences militaires. La Chine envoie à ses yeux des "signaux contradictoires". Devant les cadres de l’Ecole centrale du parti, M. Rumsfeld a observé que "de nombreux pays s’interrogent sur le rythme et l’ampleur de l’expansion militaire chinoise". "On peut se poser des questions sur les intentions chinoises", a-t-il ajouté, en décrivant la relation sino-américaine comme "complexe, avec sa part de défis" ....

Les interlocuteurs de Donald Rumsfeld ont naturellement tenu à l’assurer des intentions pacifiques de l’empire du Milieu. Le ministre chinois de la défense, Cao Gangchuan, a nié que son pays tente de minimiser son budget militaire, officiellement de 30 milliards de dollars, mais qui, selon le Pentagone, pourrait s’élever à trois fois plus... "Il est impossible d’accroître massivement" les dépenses militaires, a déclaré M. Cao, au vu de la nécessité d’améliorer les conditions de vie de la population chinoise. Lors de la visite de M. Rumsfeld ­ une première pour un étranger ­ dans un centre de missiles nucléaire stratégiques situé aux environs de Pékin, le général Jing Zhiyan lui a déclaré que les allégations selon lesquelles la Chine aurait des intentions agressives "sont dénuées de tout fondement". En juillet, une déclaration émanant du doyen de l’université de défense nationale avait alarmé Washington : "Si les Etats-Unis prennent pour cible la Chine à propos de la question de Taïwan, avait prévenu le général Zhu Chenghu, je pense qu’il nous faudra répondre à coups d’armes nucléaires."

Les relations "complexes" entre Pékin et Washington se sont tendues ces derniers mois, notamment en raison de trois épisodes. Le 19 février, une déclaration conjointe entre les Etats-Unis et le Japon présentant la sécurité dans le détroit de Taïwan comme un "objectif stratégique commun" a été ressentie par Pékin comme une ingérence dans ses affaires intérieures.

Deuxième accroc : Donald Rumsfeld s’est publiquement interrogé, en juin, à Singapour, sur les raisons de la montée en puissance militaire chinoise : "Puisque aucune nation ne menace la Chine, on peut se demander le pourquoi de cet investissement accru. Pourquoi une telle continuation d’achats d’armes ? Pourquoi ces développements robustes et continuels ?"

Troisième épisode : un rapport du Pentagone publié en juillet note que Pékin ne cesse d’étendre ses capacités militaires au-delà de son territoire, au point de poser un "défi pour l’ordre mondial".

Les déclarations de Donald Rumsfeld à Pékin, même si elles ont été prononcées sur un ton adouci ­ diplomatie oblige ­ donnent en tout cas une idée du climat de la prochaine visite à Pékin, en novembre, du président George Bush.

Les attentats du 11 septembre 2001 avaient occasionné un rapprochement tactique entre Pékin et Washington, les Américains estimant qu’en ces temps de "guerre contre la terreur", la Chine était un partenaire difficilement contournable, notamment en raison de la présence ­ limitée ­ sur son sol d’extrémistes musulmans d’ethnie ouïgoure qui s’étaient retrouvés dans les rangs d’Al-Qaida.

PARENTHÈSE REFERMÉE

Cette parenthèse semble aujourd’hui refermée. Si les Etats-Unis entendent renforcer un dialogue "constructif" avec Pékin, la vieille théorie de l’"endiguement" de la puissance chinoise est de nouveau à l’ordre du jour dans certains cercles à Washington. "Depuis fin 2004, la tendance des stratèges américains est d’estimer que la lutte contre le terrorisme s’essouffle et qu’il faut revenir à une politique d’avant le 11-Septembre", estime Li Xiaogang, chercheur de l’Académie chinoise des sciences sociales. Selon lui, l’attention des Etats-Unis se tourne désormais du Proche-Orient vers d’autres régions du monde, laissant la possibilité aux lobbies antichinois de "considérer à nouveau la Chine comme une cible".


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :