dimanche 22 octobre 2017

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Entretien avec Bernard Carayon

Arnaud Bivès, Boursier.com

jeudi 11 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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« Le fonds souverain français sera un outil visant à protéger certains acteurs positionnés sur des secteurs stratégiques ou à en accompagner d’autres sur les marchés mondiaux »

Boursier.com : Vous êtes un ardent défenseur des fonds souverains. L’annonce par le Président de la République de la création d’un fonds français doté de 26 MdsE est une des réponses politiques à la crise. Mais la France a-t-elle les moyens de se doter d’un tel outil, sachant que les pays qui en usent, les alimentent par des excédents commerciaux ou des recettes pétrolières.. ?

B.C. : Ce qui compte, à l’heure actuelle, ce sont moins les moyens que la volonté politique d’accompagner les petites et moyennes entreprises de croissance, positionnées sur des marchés stratégiques. Je me réjouis que cette notion de marché stratégique émerge dans le débat, et notamment dans les paroles du Président de la République. Je la défends personnellement depuis longtemps. 26 Milliards d’Euros c’est effectivement peu, mais en réalité c’est un droit de tirage qui peut gonfler. Il n’est pas dit qu’on ait besoin dans les prochaines semaines de ce fonds souverain, mais il est bon d’avoir cette arme à disposition. L’exemple de la prise de participation de l’Etat au capital de Daher est symbolique. J’ajoute, à titre de comparaison, que le fonds chinois et le fonds russe sont aujourd’hui faiblement mobilisables car ils sont mis à contribution pour recapitaliser les banques de ces pays.

Boursier.com : Que répondez-vous à ceux qui jugent néfaste la substitution d’une logique politique à la logique de recherche de rentabilité ?

B.C. : Les critères de rentabilité n’ont pas toujours été pris en compte. Regardez EADS et la dispersion non rationnelle économiquement des sites d’Airbus. Regardez la crise de l’énergie entre l’Ukraine et la Russie. Regardez Centrica qui a été mis sur le marché, avec le refus britannique de l’arrivée d’investisseurs russes. Le fonds souverain français sera un outil, au sein d’une large panoplie, visant à protéger certains acteurs positionnés sur des secteurs stratégiques ou à en accompagner d’autres sur les marchés mondiaux. Cela justifie la création d’un fonds.

Boursier.com : Qu’entendez-vous par " marchés stratégiques " ?

B.C. : Tous les marchés ne se valent pas. Pour certains, les critères de l’économie libérale ne peuvent pas s’appliquer. Je pense à la Défense, à l’Aéronautique et au Spatial, à l’Energie, à la Santé, à la Pharmacie, aux techniques de la communication et de l’information. Les Etats-Unis ne s’embêtent pas pour défendre leur industrie dans ces secteurs là.

Boursier.com : N’y a-t-il pas un risque de surenchère ? Un secteur en difficulté pourra demander à être considéré comme " stratégique " pour être secouru par l’Etat... Le processus semble sans fin...

B.C. : Il y a effectivement une difficulté à ce niveau et les syndicats devront être informés, dès le départ, des cadres de l’intervention du fonds. Les décisions devront être prises de manière opportuniste. Cela dépendra des secteurs en question et de l’état particulier d’une entreprise. Par exemple, il serait absurde de vouloir défendre une société comme Danone, contrairement à Thales, EADS ou Sanofi-aventis. Les six secteurs que j’évoque sont jugés stratégiques partout dans le monde, ils constituent le socle d’intervention.

Boursier.com : A l’heure de la mondialisation et de l’internationalisation des grands groupes, les fonds souverains n’apparaissent-ils tout de même pas comme un facteur de repli sur soi ?

B.C. : J’affirme qu’il existe toujours des entreprises françaises. Avec des capitaux français, des dirigeants français et un siège social en France. Les économistes libéraux qui ne comprennent pas ces propos sont à la marge et vivent dans un idéal à mille lieux de la réalité. Ils ne saisissent pas le fonctionnement du monde des affaires.

Boursier.com : Le risque est aussi de ne plus attirer les capitaux étrangers en France...

B.C. : Nous avons la place boursière la plus ouverte du monde. New York accueille beaucoup moins de capitaux étrangers. Qu’on ne nous donne donc pas de leçons en la matière...


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