dimanche 22 octobre 2017

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Le maître espion britannique prendra sa retraite

Gordon Thomas, Lagrandeepoque.com

vendredi 12 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Le chef de l’espionnage britannique, Sir John McLeod Scarlett, a soudainement annoncé qu’il prendrait sa retraite à la veille du 100e anniversaire du MI6, les services secrets extérieurs.

Il en aura été le directeur pendant cinq ans et, officiellement, il aura accompli son mandat. Mais c’est la première fois que le chef des services secrets britanniques donne une indication de son départ avec autant d’avance.

Dans la communauté du renseignement, de plus en plus de spéculations suggèrent qu’il s’est fait montrer la porte pour plusieurs raisons : l’incapacité du MI6 de faire face à la menace terroriste grandissante contre la Grande-Bretagne ; sa gestion des missions secrètes en Irak et en Afghanistan et l’échec de M. Scarlett à être plus futé que son ennemi juré, Vladimir Poutine. L’ex-chef des services secrets russes et actuel premier ministre de la Russie a continué d’orchestrer des opérations d’espionnage contre le Royaume-Uni.

« Ce n’est pas un secret que la relation de Scarlett avec le premier ministre, Gordon Brown, est difficile depuis le début. Tony Blair [ex-premier ministre] était le protecteur politique de Scarlett dans la jungle de Whitehall [rue de Londres où sont situés plusieurs édifices gouvernementaux] », affirme Richard Tomlinson, un ex-agent du MI6.

Scarlett avait joué un rôle crucial dans la préparation d’un document maintenant célèbre qui affirmait que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive – la raison pour laquelle Bush et Blair étaient allés en guerre. Devant les critiques publiques subséquentes, Scarlett avait été forcé d’admettre que les sources des renseignements en Irak étaient douteuses et des voix avaient appelé à sa démission.

Sir John McLeod Scarlett, 60 ans, a utilisé ses habiletés sur l’échiquier de la collecte du renseignement pour se sortir du pétrin avec ses maîtres politiques.

Dans les quartiers généraux du MI6, on lui a attribué le nom d’Agent secret de Sa Majesté en raison de l’attention qu’il prêtait en écrivant ses rapports réguliers destinés à la reine concernant les activités du MI6.

Il partageait avec elle son intérêt pour les églises médiévales et la collection de livres d’histoire.

Pincé par le KGB de Poutine

Les affrontements de Scarlett avec Poutine remontent à 1994 lorsque, en tant que chef de station du MI6 à Moscou, le KGB l’avait pincé durant une rencontre avec un de ses contacts, Vladimir Sinstov. Scarlett l’avait recruté un an auparavant lors d’une foire d’armements à Londres. Sinstov était le directeur des exportations d’un fabricant d’armes à Moscou. Les agents du KGB avaient surpris les deux hommes alors qu’ils se rencontraient dans un café près du Kremlin.

Sinstov venait tout juste de révéler les détails de ventes d’armes à la Syrie et à l’Irak et les noms de ses contacts à Damas et Bagdad. Scarlett a été expulsé de Russie, et Sinstov condamné à dix ans dans un goulag de Sibérie. Il est mort en captivité. Scarlett lui avait remis 11 700 dollars pendant les huit mois qu’ils se connaissaient.

La nomination de Scarlett à la présidence du Joint Intelligence Committee (JIC), par Tony Blair, avait causé certains remous au sein du MI6.

Peter Ricketts, alors à la tête du JIC, s’était dit inquiet et avait affirmé que Scarlett devait apprendre à maintenir la « distance correcte entre le renseignement et la politique ».

Trois jours après avoir pris la présidence du JIC, Scarlett s’est retrouvé embourbé dans la tourmente du 11-septembre. Son rapport à Tony Blair mentionnait l’« échec dévastateur du renseignement américain ». Il ne s’est pas fait d’ami à Washington.

Lorsqu’il est devenu le quatorzième chef du MI6, le 6 mai 2004, ses 32 années d’espionnage ont atteint leur paroxysme. Il avait un budget de 3,65 milliards de dollars. Le financement provenait du fonds secret du gouvernement, connu sous le nom de Single Unified Vote, qui débourse les frais pour les activités du renseignement britanniques.

Durant les cinq dernières années, Scarlett a été à la tête d’une organisation internationale qui emploie près de 3000 personnes. Son propre salaire est de 292 000 $ par année. Scotland Yard lui fournit une voiture blindée conduite par un chauffeur armé.

Son lieu de travail est dominé par un bureau en bois d’acajou massif qui a jadis orné la cabine de l’amiral Lord Nelson sur son navire, le HMS Victory. Tous ses prédécesseurs des 100 dernières années l’ont utilisé.

Sur son bureau, on trouve un encrier victorien, rempli d’encre verte, et à côté un stylo Parker que Scarlett a utilisé pour écrire sa lettre la semaine dernière, informant le premier ministre qu’il quitterait son poste en juillet prochain.

Il est presque certain que son successeur sera Charles Farr, 49 ans, un mandarin soigné de Whitehall vêtu d’habits taillés sur mesure, dont la réputation s’est faite en combattant le terrorisme à la tête du Office for Security and Counter Terrorism.

Ce département a été créé l’année dernière, et plusieurs estiment qu’il s’agit d’une indication que le gouvernement Brown voulait accorder plus d’importance à la lutte contre Al-Qaïda. Il emploie plus de 300 agents, plusieurs recrutés du MI6, d’où Farr s’est fait un nom en tant qu’agent sur le terrain au Moyen-Orient et en Afrique.

Gordon Thomas est expert sur le monde du renseignement et auteur d’une nouvelle édition de son livre sur l’histoire du Mossad, Gideon’s Spies : The Inside Story of Israel’s Legendary Secret Service, The Mossad, publié par JR Books et disponible sur Amazon Books. (C) G-2 Bulletin, Washington D.C., USA, et Gordon Thomas.


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