lundi 18 décembre 2017

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De l’art du dogme en Intelligence Economique et Stratégique ....

Michel Iwochewitsch, Usinenouvelle.com

jeudi 18 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Enseignant depuis plusieurs années les méthodologies de en Intelligence Economique et Stratégique (IES) à des cadres en activité, nous restons régulièrement confondus par les discours reposant sur les dogmes en vigueur dans notre profession. Dogmes que nous jugeons à l’origine de nombreuses incompréhensions avec les décideurs, « clients finaux » de notre métier ... Cette chronique est née suite à deux expériences récentes, auxquelles l’auteur a participé.

La première a pour cadre un conseil d’administration auquel nous avons été convié par le dirigeant. Nous y avons vu un « festival de dogmes IES », alors que le sujet concernait un bidding auquel participait l’entreprise.

Point d’orgue de la présentation : un magnifique powerpoint plein de bonnes intentions ! Et... Une réaction quasi viscérale du décideur final qui nous a exprimé ses inquiétudes : « je veux bien sacrifier à une mode managériale, mais restons sérieux un instant ! Vous ne pensez quand même pas que je vais confier mes incertitudes à un « Monsieur information » qui me parle de circulation de l’information et de cycle du renseignement, alors qu’il n’est même pas capable d’analyser les tenants et aboutissants des forces en présence sur le bidding ?! ». Sans commentaire...

Deuxième expérience : lors d’un dîner avec des amis, le spectre de l’éternel cycle du renseignement - « dogme numéro 1 » de la profession - est revenu une fois encore hanté nos discussions.

Ne voilons pas la face ! L’IES souffre d’une réputation défaillante.. Réputation liée à certains travers inadmissibles de notre métier, mais également liée à la présence de certains dogmes, qui sont tout autant destructeurs pour notre profession que les dérapages médiatiques. Profession qui n’évolue que peu depuis 15 ans : ces dogmes nous empêchant en effet de devenir une discipline à part entière de l’entreprise.

Nous sommes conscients que notre discours « bousculera » sans doute certaines habitudes et sera mal ressenti. Tant mieux ! Cessons de nous voiler la face en nous réfugiant derrière les paravents confortables de ces dogmes. D’ailleurs, l’IES n’a-t-il pas pour objectif premier d’aider à mieux appréhender une situation ? Alors, pour une fois, ne laissons pas le cordonnier être le plus mal chaussé. Et prenons acte des limites de ces dogmes, et œuvrons vers un professionnalisme plus marqué.

Le plus que fameux cycle du renseignement !

Dogme numéro un de notre profession. Sans cycle, point de salut en IES ! Soyons clair : le cycle illustre les différentes fonctions organiques d’un service de renseignement militaire... Rien de plus, rien de moins ! Il ne s’agit en aucun cas d’une méthodologie « clé en main » applicable en IES !

Combien de cellule d’IES connaissez-vous, qui sont organisées selon les pratiques - au demeurant indispensable dans son environnement particulier - du renseignement militaire ? D’ailleurs, même si le cycle était LA méthodologie du renseignement militaire, pourrait-on considérer un seul instant que notre métier est identique à celui du renseignement militaire ?

Nous restons sans voix devant l’omniprésence du cycle dans les discours des praticiens - ou futurs praticiens - de l’IES. Selon cet état d’esprit dogmatique : tout est lié au cycle du renseignement. Tout doit s’expliquer par ce fameux cycle !

Soyons sérieux deux minutes. Lorsque vous recherchez de l’information sur Internet, respectez-vous les étapes du cycle ? Si oui ... Et avec une parfaite mauvaise foi, cela sous-entend que vous passiez un certain temps à définir vos besoins sans vous connecter. Puis, que vous collectiez les informations disponibles. Et enfin que vous analysiez vos « découvertes » pour leur donner du sens. Sic !

Magnifique « théorie »... Mais si éloignée de la réalité ! Quelques exemples ? Les sciences cognitives nous indiquent qu’un individu ne collecte pas en « débranchant » au préalable ses schémas analytiques, or le cerveau du praticien IES est identique à celui du reste de l’humanité... La définition des besoins nécessite une étape préalable de collecte d’informations - ne serais-ce que d’ordre de la micro-culture-, suivi d’une analyse des gaps d’informations. Étrangement, il s’agit là d’une phase analytique...au début du fameux cycle. Par ailleurs, une collecte efficiente repose sur une analyse en « temps réel » des informations obtenues. Analyse permettant de réorienter la dite collecte en fonction des gaps d’informations à couvrir. Analyse en symbiose avec la phase de collecte...

Autre grand absent du cycle : le client final... Mais non, nous direz-vous, le client est présent dans la définition des besoins ! Nous vous rejoignons sur ce point, mais cela veut-il pour autant dire que le client est exclu du reste des activités ?! Bien au contraire ! Lors de la collecte, un feedback permanent avec ce dernier est nécessaire pour ne pas sortir du cadre des besoins ( à quand remonte la dernière fois que vous avez perdu le fil d’une recherche en « sautant » d’un site à l’autre ?) ! Ne parlons même pas de la phase d’analyse où sans input du destinataire final, aucune analyse sérieuse s’adaptant aux conditions cognitives/environnementales n’est possible.

Alors pourquoi cette omniprésence du cycle ? Nous soupçonnons ce dogme d’être LE chainon permettant aux praticiens IES de mettre en avant une filiation avec le renseignement... Filiation aussi inutile dans un environnement business que de se référer au journalisme ou à la documentation ! L’IES est une fonction transverse de l’entreprise au même titre que les autres : un outil efficace de soutien. Se référer à une filiation de cet ordre est non seulement inutile, mais dangereux !

Alors posons les questions qui fâchent : pourquoi le praticien d’IES s’obstine-t-il à s’appuyer sans cesse sur ce dogme qu’il ne respecte objectivement pas ? Pourquoi chercher à convaincre de son utilité des décideurs ... Qui comprennent instinctivement qu’il n’est pas applicable tel quel ?

Laissons le cycle à son rôle originel : un simple descriptif organique ! Et cessons de l’appliquer sans cesse en IES. Nous gagnerons en crédibilité et en efficacité...

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