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Défense - Comment l’armée protège le site de Kourou

Philippe Cohen-Grillet, France Soir

lundi 22 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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L’armée sort le grand jeu pour protéger la Guyane d’où décolle la fusée européenne. Une mission sensible aux moyens impressionnants. Revue de détail.

H – 1. Lancement moins une heure, compte à rebours. Les Puma ont déjà bondi dans les airs, les Fennec se tiennent à l’affût et les Mistral sont prêts à souffler un feu dévastateur. Un fier Centaure veille sur cette étrange faune.

Non, vous ne lisez pas les premières lignes d’un énième consternant scénario de long-métrage américain de science-fiction, mais bel et bien celui, bien réel quoique hors du commun, écrit par l’armée française par protéger le site de lancement de la fusée Ariane. Pour la sixième et dernière fois de l’année, celle-ci vient de prendre son envol – samedi dans la nuit, heure de Paris –, emportant à son bord deux satellites de communication et de retransmissions télévisées.

Depuis quarante ans, les FAG veillent sur le CSG. Traduction : les Forces armées en Guyane assurent la protection du Centre spatial guyanais. Le dispositif mis en place est unique, car il s’agit d’assurer une sécurité maximale sur une zone gigantesque et en permanence.

Sous le soleil exactement

La belle Ariane quitte la Terre depuis la Guyane, sans doute parce que le climat y est plus propice, mais aussi et surtout parce que ce département – le plus vaste de France – est proche de l’équateur : une localisation géographique optimale pour la mise en orbite des satellites. « Le centre spatial, où travaillent 1.500 personnes, s’étend sur plus de 900 Km2, soit presque la superficie de la

Martinique, indique l’état-major en poste en Guyane. Le dispositif de sécurité est sensiblement renforcé au moment des lancements de la fusée, afin de faire face aux menaces d’espionnage industriel, d’actions malveillantes, éventuellement de type terroriste, sur le site ou les infrastructures. »

Végétation inextricable

La charge de mettre en musique les forces terrestres, aériennes et navales revient du général Philippe Carpentier, commandant supérieur des forces armées en Guyane (« COMSUP » pour les militaires grands amateurs d’acronymes).

Le 3e régiment étranger d’infanterie a la joie de patauger dans les marécages pour assurer la protection extérieure du centre. Problème, « la végétation inextricable, la forêt tropicale, la savane et la mangrove » compliquent quelque peu la tâche, soulignent les militaires. D’où l’utilisation, par exemple, d’« engins singuliers » pour l’armée, tels des véhicules amphibies et d’autres chenillés répondant au doux nom d’Hagglunds BV 206 (notre photo).

Zone interdite

En ce qui concerne la défense aérienne, la végétation est telle que les pilotes sont spécialement équipés pour pouvoir survivre à une chute dans un arbre haut de 50 m, s’ils devaient s’éjecter, et accessoirement en descendre. En permanence, un puissant radar Centaure surveille la zone. Quatre hélicoptères Puma et trois Fennec sont prêts à décoller en moins de sept minutes. A bord de ces derniers, des tireurs d’élite et des canons de 20 mm équipés de caméras infrarouge (voir notre seconde photo). La consigne est simple : tout aéronef non identifié qui pénètre dans la « zone aérienne interdite » qui s’étend au-delà des 900 Km2 du site et jusqu’à 6.500 m d’altitude peut être intercepté ou, le cas échéant… abattu. Ce n’est pas tout, pour faire bonne mesure, l’artillerie antiaérienne est notamment équipée de six postes de redoutables missiles sol-air Mistral. L’espace maritime est lui surveillé par un Falcon 50, deux patrouilleurs et deux vedettes qui établissent un périmètre de sécurité autour de la zone de tir de la fusée. Là encore, un navire qui s’approche de trop près a tout intérêt à s’identifier à moins d’avoir envie de jouer à la bataille navale. À ce dispositif, s’ajoutent ceux mis en place par la gendarmerie et une brigade des sapeurs-pompiers de Paris, présents en permanence. Cet ensemble crée une « bulle de protection » autour du centre spatial.

Satellites espions

Il ne s’agit là que des éléments que l’armée nous a confiés et dont nous sommes autorisés à faire état. Pas une information, en revanche, ne doit filtrer sur d’autres aspects du dispositif, qu’il s’agisse du travail des services de renseignement, Direction générale de la sécurité extérieure, du Renseignement militaire (DGSE, DRM) ou d’unités ou d’armements d’autant plus efficaces qu’elles restent discrètes. Seule certitude, les mesures de sécurité sont encore renforcées d’un cran lors des lancements « sensibles » effectués par Ariane, tels ceux des satellites espions, dont le prochain modèle, Hélios-II B, conçu par la firme Astrium, doit être mis en orbite début 2009.

Reste une menace qu’il appartient autant aux militaires (du renseignement) qu’aux civils (ingénieurs) de contrecarrer : celle qui pèse sur la timide avance européenne en matière spatiale. La concurrence est russe, mais désormais aussi chinoise et demain, indienne. Car si la paix règne sur Kourou et la Guyane, la guerre des étoiles, elle, est belle est bien déclarée.


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