mardi 17 octobre 2017

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Thalès provoque une guerre froide au sein de l’Europe

Bertrand Dussauge, Renseignementeconomique.net

vendredi 28 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

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Tous les médias nationaux suivent le feuilleton financier de l’hiver prochain pour savoir quelles seront les premières alliances avec Thalès. La DCN est le partenaire nationale naturelle. Mais les Allemands se méfient du souverainisme économique de la France dans la construction d’un consortium de défense européen. Une guerre froide émerge entre les Français, les Anglais, les Espagnols et les Italiens.

L’analyse qualitative du baromètre des sociétés dans les médias, alimenté par la technologie de veille de datops et publié tous les lundis par EconomieMatin, constate que Thalès fait les frais de la tendance de la presse économique à suivre les comportements des tabloïds anglo-saxons. L’un des leaders européens de l’industrie électronique de défense attend une insémination artificielle pour donner naissance à un consortium capable de concurrencer les industries militaires américaines ou asiatiques. Une seconde entreprise vraiment européenne comme Airbus.

Les journalistes ont bien compris la bataille politique pour que les premiers dirigeants de ce futur géant d’ingénierie électronique de défense soient français. Depuis le 1er juillet, Thalès est citée dans une moyenne de 40 articles par jour sans compter les articles publiés sur les 39 raisons sociales que le groupe consolide dans le monde. Mais, le volume d’articles publiés a bondi entre les 11 et 17 septembre derniers. Le baromètre comptabilise près de 468 papiers dans les médias internationaux dont 62 citent le président de Thalès, Denis Ranque, soit 13,2% du flux global sur la même période. C’est un ratio très élevé pour un dirigeant industriel français. Les autres patrons ne s’exposent dans les médias que dans une moyenne de 5% du flux d’articles publiés sur leurs sociétés. M. Ranque laisse entendre la bonne santé des comptes de Thalès qui constituerait le meilleur bouclier contre des partenaires indésirables. Il confie aussi son refus de passer sous le contrôle d’EADS ou bien même d’Alcatel.

La raison de cette variation quantitative du volume d’articles n’est pas due à la publication des comptes semestriels, plutôt positifs, mais à des signatures de contrats et surtout à des interviews qui traduisent le bras de fer entre les dirigeants. Ainsi, la Tribune déclare le 12 septembre la signature d’un contrat de €2,4 milliards pour six sous-marins à propulsion classique au bénéfice de la filiale franco-espagnole Scorpène. Dans la foulée, on enregistre une autre commande de €900 millions pour le « British Watch Keepeer », un drone équipé par Thalès et la DCN. C’est le 13 septembre que le patron de la DCN, M. Jean-Marie Poimboeuf, déclare au Financial Times qu’il serait temps de réduire à trois, les douze acteurs nationaux de la défense européenne pour réaliser des économies d’échelle. M.Poimboeuf ne dit mot sur la capacité d’auto-investissement de ce consortium européen, sans doute pour taire une volonté utopique de continuité de la manne publique. Le 14, c’est au tour du journal Investir de citer les noms des premiers acteurs concernés : Finmeccanica, Dassault, EADS, Alcatel et ThyssenKrups. Ce dernier souhaite comme Thalès acquérir l’anglo-allemand Atlas Elektronik.

Cette lutte sans coup de feu promet de jolis combats par médias interposés. La seule ombre au tableau mais encore peu propagée, sinon par la revue américaine « Defense News », concerne le doublement par Taïwan du montant des indemnités demandées à Thalès à la suite de la vente opaque des frégates en 1991. Soit la bagatelle de €1,12 milliard !


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