lundi 11 décembre 2017

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DGSE : Des agents font le mur

TTU.fr

vendredi 26 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Assiste-t-on à une fuite des cerveaux du renseignement français au bénéfice des grandes entreprises privées ou bien à une gestion intelligente de leur carrière par les agents ?

Un ancien chef de poste DGSE d’Asie du Sud-Est vient d’être nommé Directeur de la sécurité pour l’entreprise leader mondiale de l’assistance médicale pour expatriés (International SOS) ; un ancien chef de corps d’une unité des Forces spéciales devient responsable de la division intelligence économique, d’un cabinet spécialisé en sûreté industrielle (Gallice Security) ; une ancienne responsable département analyse et prospective prend la tête d’opérations de développement au Soudan pour une grande compagnie Française (Total Soudan) ; un ancien patron de groupe d’intervention rejoint un cabinet spécialisé en « Kidnap and Ransom » (Control Risks Group) ; un spécialiste de réputation européenne dans la lutte contre la fraude bancaire prend la tête du service de sécurité d’une grande banque (SocGen) ; un spécialiste en “effraction douce”, expert dans la pénétration des ambassades, met ses talents au service des décideurs soucieux de vérifier la sécurité de leurs bureaux.

En l’espace de quelques mois, de hauts fonctionnaires très qualifiés, que l’on croisait habituellement dans certains locaux parisiens proches des Lilas, se sont reconvertis sur le marché de la sécurité privée et des cabinets d’intelligence économique. Nombre d’entre eux occupent maintenant des fauteuils confortables dans les tours du quartier de La Défense à des postes importants au sein de grandes entreprises de sécurité. Ces experts parlent couramment plusieurs langues, dont certaines dites « rares ». Ils ont en moyenne moins de 45 ans et sont particulièrement en phase avec le monde réel. D’autant plus qu’ils arrivent sur un marché que l’on pensait saturé et verrouillé par la cohorte d’anciens officiers de troupe parachutistes ou légionnaires, auxquels ces postes sont traditionnellement réservés au sein des grandes entreprises du CAC 40. Inversement de tendance ?

Les décideurs préfèrent, aujourd’hui, s’entourer d’anciens cadres supérieurs des agences de renseignement très spécialisées (DGSE, DCRI...), au détriment d’officiers supérieurs ayant fait l’ensemble de leur carrière en corps de troupe et peu au fait des enjeux du monde de la concurrence. Les enjeux et les menaces ont changé. Le secteur privé est de plus en plus confronté à une concurrence diffuse, pas toujours clairement identifiée ou identifiable, mais qui est devenue très offensive (spécialement en matière d’acquisition de renseignements concurrentiels).

Le profil atypique, l’expérience acquise au cours de leurs années passées au service de l’Etat en font les parfaits seconds pour ces grands patrons qui prennent conscience (certes en retard par rapport à leurs homologues anglo-saxons ou asiatiques) de l’importance stratégique que revêt l’acquisition du bon renseignement, particuliè­rement humain (difficulté et risques du traitement de la source). La gestion des questions de sécurité concurrentielle des plus grands groupes ne peut être dévolue qu’à des hommes ayant l’expertise unique de ceux qui ont travaillé au sein de structures étatiques de renseignement. Si les entreprises peuvent se féliciter de l’arrivée de ces directeurs d’un nouveau genre, l’Etat ne peut que constater avec amertume le départ de ses meilleurs experts, attirés par les hautes tours aux vitres fumées des quartiers d’affaires.

Un constat qui pose la question des ressources humaines au sein des agences de renseignements français. Car, malgré un plan de relance ambitieux de 140 recrutements par an pour la DGSE, la situation des cadres A est très critiquée en interne. Carrière lente, parfois bloquée, souvent mal payés, les perspectives d’avancement démoralisent certains éléments. Sur les dix dernières années, selon nos informations, seuls une petite douzaine de délégués (agents de l’Etat) seraient promus au grade supérieur (Principalat) par an. Un système de promotion interne critiqué, d’autant plus que les détachements ou mobilités sont souvent difficiles à obtenir, les administrations d’accueil y étant peu favorables.

L’un des enjeux pour l’équipe Bajolet et le nouveau directeur de la DGSE, le préfet Corbin de Mangoux, est donc de redonner confiance aux agents français. Mettre un terme à l’idée selon laquelle le renseignement, « c’est sale ». Cela passe aussi par des moyens financiers plus importants et un maillage du monde plus fin (réflexion à conduire sur la priorité des postes à l’étranger).


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