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Le Hamas ou l’impossible renoncement au terrorisme

Thierry Oberlé, le Figaro

lundi 29 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Pris dans une impasse politique, le mouvement islamo-nationaliste envisage de renouer avec sa violence originelle.

Les kamikazes ne devraient pas tarder à être de retour en Israël. Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas, l’a annoncé samedi sur les écrans de la chaîne arabe al-Jezira. « Nous appelons à une intifada contre l’ennemi. La résistance va se poursuivre par des opérations suicides », a affirmé le dirigeant en exil qui définit depuis Damas les grandes lignes politiques du mouvement islamo-nationaliste palestinien.

Avec cette menace, le Hamas, qui n’a pas tué par une explosion de bombe humaine depuis août 2004, retrouve ses vieux réflexes et renoue avec sa violence originelle. Il se déclare prêt à reprendre le cycle sanglant engagé à partir du début de la deuxième intifada. La campagne terroriste avait à l’époque été déclenchée quelques semaines après le début du soulèvement palestinien de septembre 2000. Les kamikazes avaient tué près d’un millier de civils israéliens en quatre ans et demi. Parti à la conquête du pouvoir à Gaza, le Hamas avait ensuite changé de tactique en privilégiant les tirs de roquettes sur les villes du Sud israélien.

L’organisation dispose toujours d’un important réservoir de candidats au martyr. Les effets de la propagande mais aussi les conditions d’existence dans les territoires continuent à susciter des vocations qu’il suffit d’activer via les brigades Ezzedine al-Kassem, la branche militaire dirigée par Mohammed Deif.

Le Hamas peut également compter dans sa lutte contre Israël sur les services de sécurité de la bande de Gaza dont il a pris le contrôle total en juin 2007. Il a mis à profit la trêve avec Israël pour réorganiser les unités placées auparavant sous la coupe du Fatah et pour revoir ses plans de réplique à une entrée des troupes de Tsahal dans ses fiefs.

Intégrisme des mœurs

Les islamistes s’appuient sur l’imbrication entre immeubles d’habitation et bâtiments publics et sur l’enracinement des brigades de combattants dans les immenses camps de réfugiés pour entretenir avec les moyens du bord une guérilla urbaine. La configuration géographique de Gaza, une minuscule plaine surpeuplée, rend cependant difficile une résistance armée sur le modèle libanais du Hezbollah.

Depuis sa percée électorale à Gaza, le Hamas a renforcé son influence sur la société palestinienne mais il s’est aussi rapidement trouvé dans une impasse politique. La large victoire obtenue aux élections législatives de 2006 permet au premier ministre Ismaël Haniyeh de gérer les affaires courantes. Capable de pragmatisme, son gouvernement est privé de marge de manœuvre et surtout de subsides.

Les ponts sont coupés avec les territoires restés fidèles à l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. Les États-Unis et l’Europe ne traitent pas avec le Hamas tant qu’il ne renoncera pas au terrorisme. Les aides occidentales sont ­bloquées. L’économie est en ruine. Le blocus imposé par Israël rend la situation humanitaire catastrophique. Apparu sur le terrain social dans les années soixante-dix, le mouvement règne aujourd’hui sur un monde en perdition.

Issu du courant des Frères musulmans, le Hamas est l’acronyme de Mouvement de la résistance islamique ou du mot « ardeur » en arabe. Il a imposé le voile pour les femmes, l’interdiction stricte de l’alcool et l’intégrisme des mœurs. Gaza n’est pas pour autant un califat aux mains de fanatiques fondamentalistes.

Au départ saoudiens, les capitaux du Hamas se sont diversifiés. Supervisés depuis la Syrie par Khaled Mechaal, les réseaux financiers de collecte de fonds sont en phase avec les alliances politiques de l’organisation. Le Hamas peut compter sur le régime de Damas, sur le Hezbollah libanais et bien sûr sur l’Iran. Mais, dans les prochains jours, ses chefs locaux devraient être plus préoccupés par leur propre survie que par les enjeux géopolitiques.


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